Page:Maupassant - Mont-Oriol, 1887.djvu/17

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est de constater si tous les organes d’un malade ont bien leur volume et leur place normale ; car il suffit de bien peu de chose pour bouleverser la santé d’un homme. Je vais donc, si vous le permettez, Madame, vous examiner avec grand soin, et tracer sur votre peignoir les limites, les dimensions et les positions de vos organes.

Il avait mis son chapeau sur une chaise et il parlait avec aisance. Sa bouche large, en s’ouvrant et se fermant, creusait dans ses joues rasées deux rides profondes qui lui donnaient aussi un certain air ecclésiastique.

Andermatt, ravi, s’écria : « Tiens, tiens, c’est très fort cela, très ingénieux, très nouveau, très moderne. »

« Très moderne », entre ses lèvres, était le comble de l’admiration.

La jeune femme, fort amusée, se leva et passa dans sa chambre, puis revint au bout de quelques minutes, en peignoir blanc.

Le médecin la fit étendre sur un canapé, puis, tirant de sa poche un crayon à trois becs, un noir, un rouge, un bleu, il commença à ausculter et percuter sa nouvelle cliente en criblant le peignoir de petits traits de couleur notant chaque observation.

Elle ressemblait, après un quart d’heure de ce travail, à une carte de géographie indiquant les continents, les mers, les caps, les fleuves, les royaumes et les villes, et portant les noms de toutes ces divisions terrestres, car le docteur écrivait, sur