Page:Maupassant - Mont-Oriol, 1887.djvu/22

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Ils tournèrent à droite et entrèrent dans le parc. Les baigneurs se promenaient gravement, lentement dans les trois allées, buvaient leur verre d’eau et repartaient.

Quelques-uns, assis sur des bancs, traçaient des lignes dans le sable du bout de leur canne ou de leur ombrelle. Ils ne parlaient point, semblaient ne point penser, ne vivre qu’à peine, engourdis, paralysés par l’ennui des stations thermales. Seul, le bruit bizarre de l’orchestre sautillait dans l’air doux et calme, venu on ne sait d’où, produit on ne sait comment, passait sous les feuillages, paraissait faire mouvoir ces mornes marcheurs.

Une voix cria « Christiane ! ». Elle se retourna, c’était son frère. Il courut à elle, l’embrassa et, quand il eut serré la main d’Andermatt, il prit sa sœur par le bras et l’entraîna, laissant par-derrière son père et son beau-frère.

Et ils causèrent. C’était un grand garçon élégant, rieur comme elle, mobile comme le marquis, indifférent aux événements, mais toujours à la recherche de mille francs.

— Je croyais que tu dormais, disait-il, sans quoi j’aurais été t’embrasser. Et puis Paul m’a emmené ce matin au château de Tournoël.

— Qui ça, Paul ? Ah oui, ton ami !

— Paul Brétigny. C’est vrai, tu ne sais pas. Il prend un bain en ce moment.

— Il est malade ?

— Non. Mais il se guérit tout de même. Il vient d’être amoureux.