Page:Maupassant - Mont-Oriol, 1887.djvu/45

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tombant et une haute colonne de terre menue qui s’affaissait sur elle-même.

Et aussitôt, la foule d’en haut se précipita comme une vague en poussant des clameurs aiguës. Le bataillon des marmitons bondissait en dégringolant la butte et laissait derrière lui le régiment des comédiens qui dévalait, Petrus Martel à leur tête.

Les trois ombrelles tricolores faillirent être emportées dans cette descente.

Et tous couraient, les hommes, les femmes, les paysans et les bourgeois. On en voyait tomber, se relever, repartir, tandis que sur la route les deux flots de public, refoulés tout à l’heure par la crainte, roulaient maintenant l’un vers l’autre pour se heurter et se mêler sur le lieu de l’explosion.

— Attendons un peu, dit le marquis, que toute cette curiosité soit apaisée, pour aller voir à notre tour.

L’ingénieur, M. Aubry-Pasteur, qui venait de se relever avec une peine infinie, répondit :

— Moi, je m’en retourne au village par les sentiers. Je n’ai plus rien à faire ici.

Il serra les mains, salua, et s’en alla.

Le docteur Honorat avait disparu. On parlait de lui. Le marquis disait à son fils :

— Tu le connais depuis trois jours et tu te moques tout le temps de lui, tu finiras par le blesser.

Mais Gontran haussa les épaules :

— Oh ! c’est un sage, un bon sceptique, celui-là ! Je te réponds qu’il ne se fâchera pas. Quand nous