Page:Maupassant - Mont-Oriol, 1887.djvu/58

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n’avait pas quelque chose d’irréligieux. La mère crut devoir dire : « La Providence est bien surprenante. » Des dames au milieu de la table approuvèrent d’un mouvement de tête, inquiètes aussi d’avoir entendu ces paroles incompréhensibles.

M. Riquier, l’homme couleur brique, déclara :

— Elles peuvent bien venir des volcans ou de la lune, ces eaux d’Enval, voilà dix jours que j’en prends et je n’en ressens encore aucun effet.

M. et Mme Chaufour protestèrent au nom de leur enfant, qui commençait à remuer la jambe droite, ce qui n’était pas arrivé depuis six ans qu’on le soignait.

Riquier répliqua :

— Cela prouve que nous n’avons pas la même maladie, parbleu ; cela ne prouve pas que l’eau d’Enval guérisse les affections d’estomac.

Il semblait furieux, exaspéré de ce nouvel essai inutile.

Mais M. Monécu prit aussi la parole au nom de sa fille et affirma que, depuis huit jours, elle commençait à tolérer les aliments sans être obligée de sortir à chaque repas.

Et sa grande fille rougit, le nez dans son assiette.

Les dames Paille également se trouvaient mieux.

Alors Riquier se fâcha, et se tournant brusquement vers les deux femmes :

— Vous avez mal à l’estomac, vous, Mesdames ?

Elles répondirent ensemble :