Page:Maupassant - Mont-Oriol, 1887.djvu/59

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— Mais, oui, Monsieur. Nous ne digérons rien

Il faillit s’élancer de sa chaise, en balbutiant :

— Vous… vous… Mais il suffit de vous regarder ! Vous avez mal à l’estomac, vous, Mesdames ? C’est-à-dire que vous mangez trop.

Mme Paille, mère, devint furieuse et répliqua :

— Pour vous, Monsieur, ça n’est pas douteux, vous montrez bien le caractère des gens qui ont l’estomac perdu. On n’a pas tort de dire que les bons estomacs font les hommes aimables.

Une vieille dame très maigre, dont personne ne savait le nom, dit avec autorité :

— Je crois que tout le monde se trouverait mieux des eaux d’Enval si le chef de l’hôtel se souvenait un peu qu’il fait la cuisine pour des malades. Vraiment, il nous donne des choses impossibles à digérer.

Et, soudain, toute la table tomba d’accord. Ce fut une indignation contre l’hôtelier qui servait des langoustes, des charcuteries, de l’anguille tartare, des choux, oui, des choux et des saucisses, tous les aliments les plus indigestes du monde pour ces gens à qui les trois docteurs Bonnefille, Latonne et Honorat ordonnaient uniquement des viandes blanches, maigres et tendres, des légumes frais et des laitages.

Riquier frémissait de colère :

— Est-ce que les médecins ne devraient pas surveiller la table des stations thermales, sans laisser le choix si important des nourritures à l’appréciation