Page:Maupassant - Mont-Oriol, 1887.djvu/76

La bibliothèque libre.
Sauter à la navigation Sauter à la recherche
Cette page n’a pas encore été corrigée


ils se mirent à nettoyer les alentours, à enlever les pierres, dont ils firent un tas. Et ayant trouvé les derniers débris du chien mort, ils les enterrèrent en plaisantant. Mais soudain le vieil Oriol laissa tomber sa bêche. Un pli malin de joie et de triomphe rida les coins de sa lèvre plate et les bords de son œil sournois ; et il dit au fils : « Viens-t’en, pour voir. » L’autre obéit ; ils regagnèrent la route et revinrent sur leurs pas. Le père Clovis chauffait toujours au soleil ses membres et ses béquilles.

Oriol, s’arrêtant en face de lui, demanda :

— Veux-tu gagner une pièche de chent francs ?

L’autre, prudent, ne répondit rien.

Le paysan reprit :

— Hein ! chent francs ?

Alors le vagabond se décida et murmura :

— Fouchtra, quo sé damando pas !

— Eh bien ! mon païré, vlà ché qui faut faire.

Et il lui expliqua longuement, avec des malices, des sous-entendus et des répétitions sans nombre, que s’il consentait à prendre un bain d’une heure, tous les jours, de dix à onze, dans un trou qu’ils creuseraient, Colosse et lui, à côté de sa source, et à être guéri au bout d’un mois, ils lui donneraient cent francs en écus d’argent.

Le paralytique écoutait d’un air stupide, puis il dit :

— Pichque tous les drougures n’ont pas pu me guori, ch’est pas votre eau qui l’ pourra.

Mais Colosse se fâcha tout à coup.