Page:Maupassant - Yvette.djvu/28

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physique à l’entendre. C’était une joie pour l’oreille d’écouter les paroles souples couler de là avec une grâce de ruisseau qui s’échappe, et c’était une joie pour le regard de voir s’ouvrir, pour leur donner passage, ces belles lèvres un peu trop rouges.

Elle tendit une main à Servigny, qui la baisa, et, laissant tomber son éventail au bout d’une chaînette d’or travaillé, elle donna l’autre à Saval, en lui disant :

— Soyez le bienvenu, baron, tous les amis du duc sont chez eux ici.

Puis, elle fixa son regard brillant sur le colosse qu’on lui présentait. Elle avait sur la lèvre supérieure un petit duvet noir, un soupçon de moustache, plus sombre quand elle parlait. Elle sentait bon, une odeur forte, grisante, quelque parfum d’Amérique ou des Indes.

D’autres personnes entraient, marquis, comtes ou princes.

Elle dit à Servigny, avec une gracieuseté de mère :

— Vous trouverez ma fille dans l’autre salon. Amusez-vous, messieurs, la maison vous appartient.

Et elle les quitta pour aller aux derniers venus,