Page:Maupassant Bel-ami.djvu/113

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On entendait la bonne remuer les assiettes dans la salle, derrière le mur.

Il se leva : — Je ne veux pas rester si près de vous. Je perdrais la tête.

La porte s’ouvrit :  — Madame est servie.

Et il offrit son bras avec gravité.

Ils déjeunèrent face à face, se regardant et se souriant sans cesse, occupés uniquement d’eux, tout enveloppés par le charme si doux d’une tendresse qui commence. Ils mangeaient, sans savoir quoi. Il sentit un pied, un petit pied, qui rôdait sous la table. Il le prit entre les siens et l’y garda, le serrant de toute sa force.

La bonne allait, venait, apportait et enlevait les plats d’un air nonchalant, sans paraître rien remarquer.

Quand ils eurent fini de manger, ils rentrèrent dans le salon et reprirent leur place sur le canapé, côte à côte.

Peu à peu, il se serrait contre elle, essayant de l’étreindre. Mais elle le repoussait avec calme : — Prenez garde, on pourrait entrer.

Il murmura : — Quand pourrai-je vous voir bien seule pour vous dire comme je vous aime ?

Elle se pencha vers son oreille, et prononça tout bas :

— J’irai vous faire une petite visite chez vous un de ces jours.

Il se sentit rougir : — C’est que… chez moi… c’est… c’est bien modeste.

Elle sourit : — Ça ne fait rien. C’est vous que j’irai voir et non pas l’appartement.

Alors il la pressa pour savoir quand elle viendrait. Elle fixa un jour éloigné de la semaine suivante, et il la supplia d’avancer la date, avec des paroles balbutiées, des yeux luisants, en lui maniant et lui broyant les mains,