Page:Maupassant Bel-ami.djvu/114

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le visage rouge, enfiévré, ravagé de désir, de ce désir impétueux qui suit les repas en tête-à-tête.

Elle s’amusait de le voir l’implorer avec cette ardeur, et cédait un jour, de temps en temps. Mais il répétait : — Demain… dites… demain.

Elle y consentit à la fin : — Demain. Cinq heures.

Il poussa un long soupir de joie ; et ils causèrent presque tranquillement, avec des allures d’intimité, comme s’ils se fussent connus depuis vingt ans.

Un coup de timbre les fit tressaillir ; et, d’une secousse, ils s’éloignèrent l’un de l’autre.

Elle murmura : — Ce doit être Laurine.

L’enfant parut, puis s’arrêta interdite, puis courut vers Duroy en battant des mains, transportée de plaisir en l’apercevant, et elle cria : — Ah ! Bel-Ami !

Mme de Marelle se mit à rire :

— Tiens ! Bel-Ami ! Laurine vous a baptisé ! C’est un bon petit nom d’amitié pour vous, ça ; moi aussi je vous appellerai Bel-Ami !

Il avait pris sur ses genoux la fillette, et il dut jouer avec elle à tous les petits jeux qu’il lui avait appris.

Il se leva à trois heures moins vingt minutes, pour se rendre au journal ; et sur l’escalier, par la porte entr’ouverte, il murmura encore du bout des lèvres : — Demain. Cinq heures.

La jeune femme répondit : « Oui », d’un sourire, et disparut.

Dès qu’il eut fini sa besogne journalière, il songea à la façon dont il arrangerait sa chambre pour recevoir sa maîtresse et dissimuler le mieux possible la pauvreté du local. Il eut l’idée d’épingler sur les murs de menus bibelots japonais, et il acheta pour cinq francs toute une collection de crépons, de petits éventails et de petits