Page:Maupassant Bel-ami.djvu/116

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caché par une serviette, la cuvette et le pot à l’eau étant dissimulés par-dessous.

Puis il attendit.

Elle arriva vers cinq heures un quart, et, séduite par le papillotement coloré des dessins, elle s’écria — Tiens, c’est gentil chez vous. Mais il y a bien du monde dans l’escalier.

Il l’avait prise dans ses bras, et il baisait ses cheveux avec emportement, entre le front et le chapeau, à travers le voile.

Une heure et demie plus tard, il la reconduisit à la station de fiacres de la rue de Rome. Lorsqu’elle fut dans la voiture, il murmura : — Mardi, à la même heure.

Elle dit : — À la même heure, mardi. — Et, comme la nuit était venue, elle attira sa tête dans la portière et le baisa sur les lèvres. Puis, le cocher ayant fouetté sa bête, elle cria : — Adieu, Bel-Ami ! — et le vieux coupé s’en alla au trot fatigué d’un cheval blanc.

Pendant trois semaines, Duroy reçut ainsi Mme de Marelle tous les deux ou trois jours, tantôt le matin, tantôt le soir.

Comme il l’attendait, un après-midi, un grand bruit, dans l’escalier, l’attira sur sa porte. Un enfant hurlait. Une voix furieuse, celle d’un homme, cria : — Qu’est-ce qu’il a encore à gueuler, ce bougre-là ? — La voix glapissante et exaspérée d’une femme répondit : — C’est ct’e sale cocotte qui vient chez l’journalisse d’en haut qu’a renversé Nicolas sur l’palier. Comme si on devrait laisser des roulures comme ça qui n’font seulement pas attention aux éfants dans les escaliers !

Duroy, éperdu, se recula, car il entendait un rapide frôlement de jupes et un pas précipité gravissant l’étage au-dessous de lui.