Page:Maupassant Bel-ami.djvu/130

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— Maintenant, allons faire un tour.

Il était demeuré à genoux, entourant les hanches de ses deux bras ; il balbutia : — Je t’en prie, restons ici. Je t’en supplie. Accorde-moi cela. J’aimerais tant à te garder ce soir, pour moi tout seul, là, près du feu. Dis « oui », je t’en supplie, dis « oui ».

Elle répliqua nettement, durement :  Non, je tiens à sortir, et je ne céderai pas à tes caprices.

Il insista : — Je t’en supplie, j’ai une raison, une raison très sérieuse…

Elle dit de nouveau :  — Non. Et si tu ne veux pas sortir avec moi, je m’en vais. Adieu.

Elle s’était dégagée d’une secousse, et gagnait la porte. Il courut vers elle, l’enveloppa dans ses bras :

— Écoute, Clo, ma petite Clo, écoute, accorde-moi cela… — Elle faisait non, de la tête, sans répondre, évitant ses baisers et cherchant à sortir de son étreinte pour s’en aller.

Il bégayait : — Clo, ma petite Clo, j’ai une raison.

Elle s’arrêta en le regardant en face : — Tu mens… laquelle ?

Il rougit, ne sachant que dire. Et elle reprit, indignée : — Tu vois bien que tu mens… sale bête… Et avec un geste rageur, les larmes aux yeux, elle lui échappa.

Il la prit encore une fois par les épaules, et désolé, prêt à tout avouer pour éviter cette rupture, il déclara avec un accent désespéré : — Il y a que je n’ai pas le sou… Voilà.

Elle s’arrêta net, et le regardant au fond des yeux pour y lire la vérité : — Tu dis ?

Il avait rougi jusqu’aux cheveux : — Je dis que je n’ai pas le sou. Comprends-tu ? Mais pas vingt sous, pas dix