Page:Maupassant Bel-ami.djvu/133

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Puis il revint à grands pas, se demandant ce qu’il inventerait le lendemain, afin de se tirer d’affaire. Mais comme il ouvrait la porte de sa chambre, il fouilla dans la poche de son gilet pour y trouver des allumettes, et il demeura stupéfait de rencontrer une pièce de monnaie qui roulait sous son doigt.

Dès qu’il eut de la lumière, il saisit cette pièce pour l’examiner. C’était un louis de vingt francs !

Il se pensa devenu fou.

Il le tourna, le retourna, cherchant par quel miracle cet argent se trouvait là. Il n’avait pourtant pas pu tomber du ciel dans sa poche.

Puis, tout à coup, il devina, et une colère indignée le saisit. Sa maîtresse avait parlé, en effet, de monnaie glissée dans la doublure et qu’on retrouvait aux heures de pauvreté. C’était elle qui lui avait fait cette aumône. Quelle honte !

Il jura : — Ah bien ! je vais la recevoir après-demain !

Elle en passera un joli quart d’heure !

Et il se mit au lit, le cœur agité de fureur et d’humiliation.

Il s’éveilla tard. Il avait faim. Il essaya de se rendormir pour ne se lever qu’à deux heures ; puis il se dit : — Cela ne m’avance à rien, il faut toujours que je finisse par découvrir de l’argent. — Puis il sortit, espérant qu’une idée lui viendrait dans la rue.

Il ne lui en vint pas, mais en passant devant chaque restaurant un désir ardent de manger lui mouillait la bouche de salive. À midi, comme il n’avait rien imaginé, il se décida brusquement : « Bah ! je vais déjeuner sur les vingt francs de Clotilde. Cela ne m’empêchera pas de les lui rendre demain ».

Il déjeuna donc dans une brasserie pour deux francs cinquante. En entrant au journal il remit encore trois