Page:Maupassant Bel-ami.djvu/164

La bibliothèque libre.
Sauter à la navigation Sauter à la recherche
Cette page a été validée par deux contributeurs.


Ils furent séparés par une grosse dame qui entrait, une grosse dame décolletée, aux bras rouges, aux joues rouges, vêtue et coiffée avec prétention, et marchant si lourdement qu’on sentait, à la voir aller, le poids et l’épaisseur de ses cuisses.

Comme on paraissait la traiter avec beaucoup d’égards, Duroy demanda à Mme Forestier :

— Quelle est cette personne ?

— La vicomtesse de Percemur, celle qui signe : « Patte blanche. »

Il fut stupéfait et saisi par une envie de rire : — Patte blanche ! Patte blanche ! Moi qui voyais, en pensée, une jeune femme comme vous ! C’est ça, Patte blanche ? Ah ! elle est bien bonne ! bien bonne !

Un domestique apparut dans la porte et annonça :

— Madame est servie.

Le dîner fut banal et gai, un de ces dîners où l’on parle de tout sans rien dire. Duroy se trouvait entre la fille aînée du patron, la laide, Mlle Rose, et Mme de Marelle. Ce dernier voisinage le gênait un peu, bien qu’elle eût l’air fort à l’aise et causât avec son esprit ordinaire. Il se troubla d’abord, contraint, hésitant, comme un musicien qui a perdu le ton. Peu à peu, cependant, l’assurance lui revenait, et leurs yeux, se rencontrant sans cesse, s’interrogeaient, mêlaient leurs regards d’une façon intime, presque sensuelle, comme autrefois.