Page:Maupassant Bel-ami.djvu/163

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une indisposition subite qui lui permettrait de s’en aller.

La visite des murs était finie. Le patron alla reposer sa lampe et saluer la dernière venue, tandis que Duroy recommençait tout seul l’examen des toiles comme s’il ne se fût pas lassé de les admirer.

Il avait l’esprit bouleversé. Que devait-il faire ? Il entendait les voix, il distinguait la conversation. Mme Forestier l’appela : — Dites donc, monsieur Duroy. — Il courut vers elle. C’était pour lui recommander une amie qui donnait une fête et qui aurait bien voulu une citation dans les Échos de La Vie Française.

Il balbutiait : « Mais certainement, madame, certainement… »

Mme de Marelle se trouvait maintenant tout près de lui. Il n’osait point se retourner pour s’en aller.

Tout à coup, il se crut devenu fou ; elle avait dit, à haute voix : — Bonjour, Bel-Ami. Vous ne me reconnaissez donc plus ?

Il pivota sur ses talons avec rapidité. Elle se tenait debout devant lui, souriante, l’œil plein de gaieté et d’affection. Et elle lui tendit la main.

Il la prit en tremblant, craignant encore quelque ruse et quelque perfidie. Elle ajouta avec sérénité :

— Que devenez-vous ? On ne vous voit plus.

Il bégayait, sans parvenir à reprendre son sang-froid :

— Mais j’ai eu beaucoup à faire, madame, beaucoup à faire. M. Walter m’a confié un nouveau service qui me donne énormément d’occupation.

Elle répondit, en le regardant toujours en face, sans qu’il pût découvrir dans son œil autre chose que de la bienveillance : — Je le sais. Mais ce n’est pas une raison pour oublier vos amis.