Page:Maupassant Bel-ami.djvu/178

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de la chance de trouver une femme comme la sienne.

Duroy demanda : — Elle l’aide beaucoup ?

— C’est-à-dire qu’elle fait tout. Elle est au courant de tout, elle connaît tout le monde sans avoir l’air de voir personne ; elle obtient ce qu’elle veut, comme elle veut, et quand elle veut. Oh ! elle est fine, adroite et intrigante comme aucune, celle-là. En voilà un trésor pour un homme qui veut parvenir.

Georges reprit : — Elle se remariera bien vite, sans doute ?

Mme de Marelle répondit : — Oui. Je ne serais même pas étonnée qu’elle eût en vue quelqu’un… un député… à moins que… qu’il ne veuille pas…, car… car…, il y aurait peut-être de gros obstacles… moraux… Enfin, voilà. Je ne sais rien.

M. de Marelle grommela avec une lente impatience :

— Tu laisses toujours soupçonner un tas de choses que je n’aime pas. Ne nous mêlons jamais des affaires des autres. Notre conscience nous suffit à gouverner. Ce devrait être une règle pour tout le monde.

Duroy se retira, le cœur troublé et l’esprit plein de vagues combinaisons.

Il alla le lendemain faire une visite aux Forestier et il les trouva terminant leurs bagages. Charles, étendu sur un canapé, exagérait la fatigue de sa respiration et répétait : — Il y a un mois que je devrais être parti, —  puis il fit à Duroy une série de recommandations pour le journal, bien que tout fût réglé et convenu avec M. Walter.

Quand Georges s’en alla, il serra énergiquement les mains de son camarade : — Eh bien, mon vieux, à bientôt ! — Mais, comme Mme Forestier le reconduisait jusqu’à la porte, il lui dit vivement : — Vous n’avez pas ou-