Page:Maupassant Bel-ami.djvu/267

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physique et l’insensible domination. En passant devant une fleuriste, au bas de la rue Notre-Dame-de-Lorette, il eut l’idée d’acheter un bouquet pour Madeleine et il prit une grosse botte de roses à peine ouvertes, un paquet de boutons parfumés.

À chaque étage de son nouvel escalier il se regardait complaisamment dans cette glace dont la vue lui rappelait sans cesse sa première entrée dans la maison.

Il sonna, ayant oublié sa clef, et le même domestique, qu’il avait gardé aussi sur le conseil de sa femme, vint ouvrir.

Georges demanda : — Madame est rentrée ?

— Oui, monsieur.

Mais en traversant la salle à manger il demeura fort surpris d’apercevoir trois couverts ; et, la portière du salon étant soulevée, il vit Madeleine qui disposait dans un vase de la cheminée une botte de roses toute pareille à la sienne. Il fut contrarié, mécontent, comme si on lui eût volé son idée, son attention et tout le plaisir qu’il en attendait.

Il demanda en entrant : — Tu as donc invité quelqu’un ?

Elle répondit sans se retourner, en continuant à arranger ses fleurs : Oui et non. C’est mon vieil ami le comte de Vaudrec qui a l’habitude de dîner ici tous les lundis, et qui vient comme autrefois.

Georges murmura : — Ah ! très bien.

Il restait debout derrière elle, son bouquet à la main, avec une envie de le cacher, de le jeter. Il dit cependant : — Tiens, je t’ai apporté des roses !

Elle se retourna brusquement, toute souriante, criant :

— Ah ! que tu es gentil d’avoir pensé à ça.

Et elle lui tendit ses bras et ses lèvres avec un élan de plaisir si vrai qu’il se sentit consolé.