Page:Maupassant Bel-ami.djvu/268

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Elle prit les fleurs, les respira, et, avec une vivacité d’enfant ravie, les plaça dans le vase resté vide en face du premier. Puis elle murmura en regardant l’effet :

— Que je suis contente ! Voilà ma cheminée garnie maintenant.

Elle ajouta presque aussitôt, d’un air convaincu :

— Tu sais, il est charmant, Vaudrec, tu seras tout de suite intime avec lui.

Un coup de timbre annonça le comte. Il entra, tranquille, très à l’aise, comme chez lui. Après avoir baisé galamment les doigts de la jeune femme il se tourna vers le mari et lui tendit la main avec cordialité en demandant : — Ça va bien, mon cher Du Roy ?

Il n’avait plus son air roide, son air gourmé de jadis, mais un air affable, révélant bien que la situation n’était plus la même. Le journaliste, surpris, tâcha de se montrer gentil pour répondre à ces avances. On eût cru, après cinq minutes, qu’ils se connaissaient et s’adoraient depuis dix ans.

Alors Madeleine, dont le visage était radieux, leur dit : — Je vous laisse ensemble. J’ai besoin de jeter un coup d’œil à ma cuisine. — Et elle se sauva, suivie par le regard des deux hommes.

Quand elle revint, elle les trouva causant théâtre, à propos d’une pièce nouvelle, et si complètement du même avis qu’une sorte d’amitié rapide s’éveillait dans leurs yeux à la découverte de cette absolue parité d’idées.

Le dîner fut charmant, tout intime et cordial ; et le comte demeura fort tard dans la soirée, tant il se sentait bien dans cette maison, dans ce joli nouveau ménage.

Dès qu’il fut parti, Madeleine dit à son mari :

— N’est-ce pas qu’il est parfait ? Il gagne du tout au