Page:Maupassant Bel-ami.djvu/300

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Cinquante voix répétaient : — Des glaces ! — Un plateau apparut enfin. Mais il ne portait que des verres vides, les rafraîchissements ayant été cueillis en route.

Une forte voix hurla : — On étouffe là dedans, finissons vite et allons-nous-en.

Une autre voix lança : — La quête ! — Et tout le public, haletant, mais gai tout de même, répéta : — La quête… la quête… la quête…

Alors six dames se mirent à circuler entre les banquettes et on entendit un petit bruit d’argent tombant dans les bourses.

Du Roy nommait les hommes célèbres à Mme Walter. C’étaient des mondains, des journalistes, ceux des grands journaux, des vieux journaux, qui regardaient de haut la Vie Française, avec une certaine réserve née de leur expérience. Ils en avaient tant vu mourir de ces feuilles politico-financières, filles d’une combinaison louche, et écrasées par la chute d’un ministère. On apercevait aussi là des peintres et des sculpteurs, qui sont, en général, hommes de sport, un poète académicien qu’on montrait, deux musiciens et beaucoup de nobles étrangers dont Du Roy faisait suivre le nom de la syllabe Rast (ce qui signifiait Rastaquouère), pour imiter, disait-il, les Anglais qui mettent Esq. sur leurs cartes.

Quelqu’un lui cria : — Bonjour, cher ami. — C’était le comte de Vaudrec. S’étant excusé auprès des dames, Du Roy alla lui serrer la main.

Il déclara, en revenant : — Il est charmant, Vaudrec. Comme on sent la race, chez lui.

Mme Walter ne répondit rien. Elle était un peu fatiguée, et sa poitrine se soulevait avec effort à chaque souffle de ses poumons, ce qui attirait l’œil de Du Roy. Et de temps en temps, il rencontrait le regard de « la