Page:Maupassant Bel-ami.djvu/325

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Quand Du Roy entra, le patron poussa un cri de joie : — Ah ! quelle chance, voilà Bel-Ami !

Il s’arrêta net, un peu confus, et s’excusa : — Je vous demande pardon de vous avoir appelé ainsi, je suis très troublé par les circonstances. Et puis, j’entends ma femme et mes filles vous nommer « Bel-Ami » du matin au soir, et je finis par en prendre moi-même l’habitude. Vous ne m’en voulez pas ?

Georges riait : — Pas du tout. Ce surnom n’a rien qui me déplaise.

Le père Walter reprit : — Très bien, alors je vous baptise Bel-Ami, comme tout le monde. Eh bien ! voilà, nous avons de gros événements. Le ministère est tombé sur un vote de trois cent dix voix contre cent deux. Nos vacances sont encore remises, remises aux calendes grecques, et nous voici au vingt-huit juillet. L’Espagne se fâche pour le Maroc, c’est ce qui a jeté bas Durand de l’Aine et ses acolytes. Nous sommes dans le pétrin jusqu’au cou. Marrot est chargé de former un nouveau cabinet. Il prend le général Boutin d’Acre à la Guerre et notre ami Laroche-Mathieu aux affaires étrangères. Il garde lui-même le portefeuille de l’intérieur, avec la présidence du Conseil. Nous allons devenir une feuille officieuse. Je fais l’article de tête, une simple déclaration de principes, en traçant leur voie aux ministres.

Le bonhomme sourit et reprit : — La voie qu’ils comptent suivre, bien entendu. Mais il me faudrait quelque chose d’intéressant sur la question du Maroc, une actualité, une chronique à effet, à sensation, je ne sais quoi ? Trouvez-moi ça, vous.

Du Roy réfléchit une seconde, puis répondit : — J’ai votre affaire. Je vous donne une étude sur la situation politique de toute notre colonie africaine, avec la Tuni-