Page:Maupassant Bel-ami.djvu/330

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Et il répéta : — Je vous jure de vous respecter.

Un marchand de vin sur sa porte les regardait d’un air curieux. Elle fut saisie de terreur et s’élança dans la maison.

Elle allait monter l’escalier. Il la retint par le bras : — C’est ici, au rez-de-chaussée.

Et il la poussa dans son logis.

Dès qu’il eut refermé la porte, il la saisit comme une proie. Elle se débattait, luttait, bégayait : — Oh ! mon Dieu !… oh ! mon Dieu !…

Il lui baisait le cou, les yeux, les lèvres avec emportement, sans qu’elle pût éviter ses caresses furieuses ; et tout en le repoussant, tout en fuyant sa bouche, elle lui rendait, malgré elle, ses baisers.

Tout d’un coup elle cessa de se débattre, et vaincue, résignée, se laissa dévêtir par lui. Il enlevait une à une, adroitement et vite, toutes les parties de son costume, avec des doigts légers de femme de chambre.

Elle lui avait arraché des mains son corsage pour se cacher la figure dedans, et elle demeurait debout, toute blanche, au milieu de ses robes abattues à ses pieds.

Il lui laissa ses bottines et l’emporta dans ses bras vers le lit. Alors, elle lui murmura à l’oreille, d’une voix brisée : — Je vous jure… je vous jure… que je n’ai jamais eu d’amant. — Comme une jeune fille aurait dit : — Je vous jure que je suis vierge.

Et il pensait : — Voilà ce qui m’est bien égal, par exemple.