Page:Maupassant Bel-ami.djvu/329

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Elle reprit : — Vous ne vous figurez pas comme je souffre à cause de vous, comme je suis tourmentée et torturée. Hier, j’ai été dure, dans l’église, mais je voulais vous fuir à tout prix. J’ai tellement peur de me trouver seule avec vous. M’avez-vous pardonnée ?

Il lui serrait les mains : — Oui, oui. Qu’est-ce que je ne vous pardonnerais pas, vous aimant comme je vous aime ?

Elle le regardait d’un air suppliant. — Écoutez, il faut me promettre de me respecter… de ne pas… de ne pas… autrement je ne pourrais plus vous revoir.

Il ne répondit point d’abord ; il avait sous la moustache ce sourire fin qui troublait les femmes. Il finit par murmurer : — Je suis votre esclave.

Alors elle se mit à lui raconter comment elle s’était aperçue qu’elle l’aimait en apprenant qu’il allait épouser Madeleine Forestier. Elle donnait des détails, de petits détails de dates et de choses intimes.

Soudain elle se tut. La voiture venait de s’arrêter. Du Roy ouvrit la portière.

— Où sommes-nous ? dit-elle.

Il répondit : — Descendez et entrez dans cette maison. Nous y serons plus tranquilles.

— Mais où sommes-nous ?

— Chez moi. C’est mon appartement de garçon que j’ai repris… pour quelques jours… pour avoir un coin où nous puissions nous voir.

Elle s’était cramponnée au capiton du fiacre, épouvantée à l’idée de ce tête-à-tête, et elle balbutiait :

— Non, non, je ne veux pas ! Je ne veux pas !

Il prononça d’une voix énergique : — Je vous jure de vous respecter. Venez. Vous voyez bien qu’on nous regarde, qu’on va se rassembler autour de nous. Dépêchez-vous… dépêchez-vous… descendez.