Page:Maupassant Bel-ami.djvu/403

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en supplie, ne dites « oui » à personne ? Attendez encore un peu. Je vous en supplie ! Me le promettez-vous ?

Elle murmura, un peu troublée et sans comprendre ce qu’il voulait : — Je vous le promets.

Du Roy jeta dans l’eau le gros morceau de pain qu’il tenait encore aux mains, et il s’enfuit, comme s’il eût perdu la tête, sans dire adieu.

Tous les poissons se jetèrent avidement sur ce paquet de mie qui flottait n’ayant point été pétri par les doigts, et ils le dépecèrent de leurs bouches voraces. Ils l’entraînaient à l’autre bout du bassin, s’agitaient au-dessous, formant maintenant une grappe mouvante, une espèce de fleur animée et tournoyante, une fleur vivante, tombée à l’eau la tête en bas.

Suzanne, surprise, inquiète, se redressa, et s’en revint tout doucement. Le journaliste était parti.

Il rentra chez lui, fort calme, et comme Madeleine écrivait des lettres, il lui demanda : — Dînes-tu vendredi chez les Walter ? Moi, j’irai.

Elle hésita : — Non. Je suis un peu souffrante. J’aime mieux rester ici.

Il répondit : — Comme il te plaira. Personne ne te force.

Puis il reprit son chapeau et ressortit aussitôt.

Depuis longtemps il l’épiait, la surveillait et la suivait, sachant toutes ses démarches. L’heure qu’il attendait était enfin venue. Il ne s’était point trompé au ton dont elle avait répondu : « J’aime mieux rester ici. »

Il fut aimable pour elle pendant les jours qui suivirent. Il parut même gai, ce qui ne lui était plus ordinaire. Elle lui disait : — Voilà que tu redeviens gentil.

Il s’habilla de bonne heure le vendredi pour faire quelques courses avant d’aller chez le Patron, affirmait-il.