Page:Maupassant Bel-ami.djvu/420

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monde se mit en ligne le long du mur et on s’extasia sur l’étendue de l’horizon. La Seine, au pied d’une longue colline, coulait vers Maisons-Laffitte, comme un immense serpent couché dans la verdure. À droite, sur le sommet de la côte, l’aqueduc de Marly projetait sur le ciel son profil énorme de chenille à grandes pattes, et Marly disparaissait, au-dessous, dans un épais bouquet d’arbres.

Par la plaine immense, qui s’étendait en face, on voyait des villages, de place en place. Les pièces d’eau du Vésinet faisaient des taches nettes et propres dans la maigre verdure de la petite forêt. À gauche, tout au loin, on apercevait en l’air le clocher pointu de Sartrouville.

Walter déclara : — On ne peut trouver nulle part au monde un semblable panorama. Il n’y en a pas un pareil en Suisse.

Puis on se mit en marche doucement pour faire une promenade et jouir un peu de cette perspective.

Georges et Suzanne restèrent en arrière. Dès qu’ils furent écartés de quelques pas, il lui dit d’une voix basse et contenue : — Suzanne, je vous adore. Je vous aime à en perdre la tête.

Elle murmura : — Moi aussi, Bel-Ami.

Il reprit : — Si je ne vous ai pas pour femme, je quitterai Paris, et ce pays.

Elle répondit : — Essayez donc de me demander à papa. Peut-être qu’il voudra bien.

Il eut un petit geste d’impatience : — Non, je vous le répète pour la dixième fois, c’est inutile. On me fermera la porte de votre maison ; on m’expulsera du journal ; et nous ne pourrons plus même nous voir. Voilà le joli résultat auquel je suis certain d’arriver par une demande en règle. On vous a promise au marquis de Cazolles. On espère que vous finirez par dire : « Oui. » Et on attend.