Page:Maupassant Bel-ami.djvu/67

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que chose de particulier, de bon, de doux, de charmant, qui venait d’elle.

Brusquement elle demanda :

— Qu’est-ce que vous pensez de mon amie Mme de Marelle ?

Il fut surpris : — Mais… je la trouve… je la trouve très séduisante.

— N’est-ce pas ?

— Oui, certainement.

Il avait envie d’ajouter : — Mais pas autant que vous. Il n’osa point.

Elle reprit : — Et si vous saviez comme elle est drôle, originale, intelligente ! C’est une bohème, par exemple, une vraie bohème. C’est pour cela que son mari ne l’aime guère. Il ne voit que le défaut et n’apprécie point les qualités.

Duroy fut stupéfait d’apprendre que Mme de Marelle était mariée. C’était bien naturel, pourtant.

Il demanda. — Tiens… elle est mariée ? Et qu’est-ce que fait son mari ?

Mme Forestier haussa tout doucement les épaules et les sourcils, d’un seul mouvement plein de significations incompréhensibles.

— Oh ! il est inspecteur de la ligne du Nord. Il passe huit jours par mois à Paris. Ce que sa femme appelle « le service obligatoire », ou encore « la corvée de semaine », ou encore « la semaine sainte ». Quand vous la connaîtrez mieux, vous verrez comme elle est fine et gentille. Allez donc la voir un de ces jours.

Duroy ne pensait plus à partir ; il lui semblait qu’il allait rester toujours, qu’il était chez lui.

Mais la porte s’ouvrit sans bruit, et un grand monsieur s’avança, qu’on n’avait point annoncé.