Page:Maupassant Bel-ami.djvu/82

La bibliothèque libre.
Sauter à la navigation Sauter à la recherche
Cette page a été validée par deux contributeurs.


Il ajouta, pour Duroy : — Observe comment Saint-Potin s’y prendra, c’est un excellent reporter, et tâche d’apprendre les ficelles pour vider un homme en cinq minutes.

Puis il recommença à écrire avec gravité, avec l’intention évidente de bien établir les distances, de bien mettre à sa place son ancien camarade et nouveau confrère.

Dès qu’ils eurent franchi la porte, Saint-Potin se mit à rire et dit à Duroy : — En voilà un faiseur ! Il nous la fait à nous-mêmes. On dirait vraiment qu’il nous prend pour ses lecteurs.

Puis ils descendirent sur le boulevard, et le reporter demanda : — Buvez-vous quelque chose ?

— Oui, volontiers. Il fait très chaud.

Ils entrèrent dans un café et se firent servir des boissons fraîches. Et Saint-Potin se mit à parler. Il parla de tout le monde et du journal avec une profusion de détails surprenants.

— Le patron ? Un vrai juif ! Et vous savez, les juifs on ne les changera jamais. Quelle race ! — Et il cita des