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DE GAUGUIN ET DE VAN GOGH AU CLASSICISME

bre 1908 par M. H. Matisse, si on le compare, par exemple, à ce qu’écrivirent M. Signac, M. Émile Bernard, ou nous-même, ou bien encore aux lettres de Van Gogh et aux propos de Gauguin.

Cependant ils ont besoin comme nous de vérités non pas rudimentaires ou négatives, mais positives, constructives. L’individualisme philosophique, le culte du moi n’a pu donner qu’un excitant intellectuel aux hommes de notre génération : ils ont senti la nécessité d’une règle de vie plus ferme et, après avoir erré à travers les nuées de la raison pure, ils reprennent maintenant contact avec des réalités solides, et des idéals collectifs. Nous avons suivi, dans les arts, la même courbe. Mais trop de relativisme est resté au fond de notre belle théorie du symbole : la nouvelle génération nous renseigne sur la faiblesse de nos doctrines.

Nous avons discrédité l’idée d’école. Et quelques-uns reprennent cet argument facile que les écoles ne font pas les génies. Ils disent que tous les maîtres ont été des isolés, des révoltés. Je réponds qu’il n’y a pas d’exemple même parmi les modernes d’un seul génie qui n’appartienne malgré soi il une école, qui n’ait des procédés, une esthétique, une culture imposée par son milieu. Il faut bien qu’il soit en quelque manière le reflet de son époque. Les œuvres des génies, éternellement, universellement belles, contiennent cependant une part de contingence, qui les situe dans un temps, dans une école déterminée. Cela, on ne le nie pas. Mais, de même que dans l’histoire du costume, il y a des modes plus ou moins esthétiques, et que les unes et les autres ont été portées par de belles femmes, il faut admettre aussi l’inégale valeur des modes de peindre auxquelles s’ajustent les génies. La mode que suivit Titien est supérieure, je l’affirme, à celle dont un Delacroix dut se contenter.

L’idée d’école présuppose non seulement une technique mais une esthétique. À qui demanderions-nous un criterium de beauté, des règles de goût, et les principes supérieurs qui nous permettraient d’organiser nos forces d’invention, et d’atteindre notre idéal ? Quelle discipline fondera sur notre capricieuse mobilité un art vraiment synthétique ?