Page:Mechnikoff - La civilisation et les grands fleuves historiques.djvu/64

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là, malheureusement, une anomalie fortuite. Les peuples libres sont assez nombreux dans les diverses régions du globe[1] ; mais tous, sans exception, appartiennent bien plus au domaine de l’ethnographie qu’à celui de l’histoire : en fait de science, d’art, d’industrie, plusieurs d’entre eux n’ont pas encore dépassé l’âge de pierre. Et parmi les nations

  1. Pour n’en citer que quelques exemples, pris, un peu au hasard, sous les latitudes les plus variées :
    Dans les terres glaciales, au témoignage de Hall, « les Innuïts (Esquimaux) ne se soumettent à aucun pouvoir humain, et ne supportent aucun contrôle… Ils sont nés libres dans leurs sauvages solitudes… Ils y rôdent, n’écoutant que leur volonté, et nul ne saurait les en empêcher. » Cf. l’admirable ouvrage d’Élie Reclus, les Primitifs.
    Krachéninnikoff, dans ses ouvrages si connus, et Khlébnikoff, dans un curieux mémoire, disent des Koloches et des Aléoutes à peu près la même chose que Hall des Innuïts du Groenland.
    Dans la zone torride, sans compter les Imochagh ou Touareg du Sahara, comparez ce que dit Werner Munzinger (Ostafrikanische Studien) des Barea, Bazen et Kounama du Soudan oriental ; pour la Guinée, B. Schwarz : Kamerun : Reise in die Hinterlande der deutschen Kolonie. Je trouve aussi, dans le Journal des missions évangéliques, 1871, IV, ce curieux passage relatif aux nègres de la Guinée : « Le roi d’Onitcha ne peut sortir qu’une fois par an… Quand il sort pour se montrer au peuple, c’est pour danser. » Voilà, certes, un despote qui n’est pas bien terrible !
    Dans la zone tempérée : « Le gouvernement des Indiens de la Californie est paternel. Quant aux ordonnances émanées d’une volonté humaine, l’usage n’en est pas connu, je doute même que le verbe commander existe dans leur langue. La puissance des chefs se borne in peu près à la persuasion, à l’autorité que donne la vertu. » R. P. Joset, Ann. de la Prop. de la Foi, 1846, p. 51.
    Ces exemples, que je pourrais multiplier, suffiront pour nous convaincre que, ni les chaleurs énervantes des tropiques, ni les rigueurs du climat boréal, n’empêchent l’homme d’être libre.