Page:Meignan - Les évangiles et la critique au XIXe siècle, 1864.djvu/446

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fragment. On l’a dit, Thomasius l'a trouvé dans un codex ayant appartenu à la reine de Suède : Codex reginœ Suetiœ. On le sait, et Vezzosi a soin de le remarquer (Préf. p. 29), il existe à la bibliothèque du Vatican deux manuscrits des Evangiles qui proviennent du fonds de livres de la reine Christine de Suède, et qui portent cette inscription au catalogue : Alex. 10 et 14. Il est à croire que la note provient du n° 14, lequel est ainsi noté : Qui olim fuisse dicitur S. Venceslai ducis Bohemiœ. Il fut apporté à Stockholm avec le butin de Prague à la fin de la guerre de trente ans. Les deux manuscrits sont, suivant Vezzosi, du ixe siècle. Alors même que ces manuscrits seraient moins anciens, cela importerait peu dans la question présente, car il est clair que ces manuscrits sont des copies et non des originaux ; on le voit par ces mots : In exotericis, id est extremis, qui ne peuvent être qu’une transcription évidemment défectueuse d’un texte original mal compris. C’est là un exemple de ces corrections maladroites que saint Jérôme signalait lorsqu’il disait : Scribunt quod non inveniunt, sed quod intelligunt, et dum alienos errores emendare nituntur, ostendunt suos. Personne ne nous contredira, je pense, quand nous dirons que le texte primitif portait : ἐξηγήσεως, en lettres latines exegeseos. Le copiste, qui ne comprenait pas, a écrit un mot qui lui était plus familier, exotericis, et il donne une nouvelle mesure de sa perspicacité en expliquant ce mot par in extremis. Quiconque s’est occupé de la critique des textes sait à quelles bévues conduit l’ignorance qui corrige un ouvrage. La collection de Thomasius en fournit des exemples nombreux. Pour n’en citer qu’un seul, un copiste transcrivant le Pater en texte grec substitue au mot ἐπιούσιον le mot ὁμούσιον qu’il avait retenu de l’histoire des querelles des Ariens.

Si le passage que nous avons sous les yeux est une copie, il importe peu qu’elle soit du ixe siècle ou bien plus récente. C’est la traduction d’un texte originairement grec, et probablement la traduction originale a été mal copiée. Une question plus importante est celle-ci : Quand l’original grec a-t-il été rédigé ?