Page:Meillet - Esquisse d'une grammaire comparée de l'arménien classique (1936).djvu/26

La bibliothèque libre.
Aller à la navigation Aller à la recherche
Le texte de cette page a été corrigé et est conforme au fac-similé.
24
  sourdes sourdes aspirées sonores
labiales p պ p‘ փ b բ
dentales t տ t‘ թ d դ
gutturales k Կ k‘ ք g գ


et de plus deux séries de mi-occlusives articulées à peu près aux mêmes points que le c et le č des langues slaves, et qui étaient aussi sourdes, sourdes aspirées ou sonores :

  sourdes sourdes aspirées sonores
sifflantes c ծ ց (C‘) j ձ
chuintantes č ճ č̣ չ (Č‘) ǰ ջ


Les aspirées փ, թ, ք, ց, չ ont conservé jusqu’aujourd’hui leur ancienne prononciation dans les parlers arméniens : en vertu de leur caractère d’aspirées, elles ne comportent qu’une pression faible des organes d’occlusion ; néanmoins elles ne sont nulle part devenues de simples spirantes et ont partout conservé leur caractère d’occlusives ou de mi-occlusives. Le caractère sourd de պ, տ, կ, ժ, Ճ et sonore de բ, դ, գ ձ, ջ est établi par l’ensemble des rapprochements de l’arménien avec l’iranien, le syriaque, le grec et le géorgien et n’est pas contesté. Mais ces deux séries se sont altérées dans beaucoup de parlers, et c’est seulement dans les parlers orientaux que պ, տ, կ, ժ, Ճ sont maintenant des sourdes non aspirées et բ, դ, գ ձ, ջ des sonores ; au contraire dans les parlers occidentaux, պ, տ, կ, ժ, Ճ sont devenus b, d, g, j, ǰ et բ, դ, գ ձ, ջ sont devenus p, t, k, c, č ou p‘, t‘, k‘, c, č : tel est l’état que présente l’arménien de Cilicie dès le XIme siècle. L’altération des anciennes sourdes պ, տ, կ, ժ, Ճ en sonores indique que ces sourdes étaient prononcées avec une pression faible des organes d’occlusion, c’est-à-dire qu’aucune des occlusives arméniennes n’était forte comme le sont les occlusives sourdes du français ; l’altération des anciennes sonores պ, տ, կ, ժ, Ճ en sourdes, aspirées ou non aspirées, indique d’autre part que la sonorité de ces consonnes était incomplète ; elle ne commençait sans doute pas, comme celle des sonores françaises, dès l’implosion de la consonne, mais seulement durant l’implosion ou au moment de l’explosion.

Si l’arménien avait un système complet d’occlusives et de mi-occlusives, il ne possédait en revanche qu’une spirante, la spirante