Page:Meillet - Esquisse d'une grammaire comparée de l'arménien classique (1936).djvu/27

La bibliothèque libre.
Aller à la navigation Aller à la recherche
Le texte de cette page a été corrigé et est conforme au fac-similé.
25

gutturale x խ (le ch allemand) ; il n’avait ni spirante labiale f, ni spirante dentale ν ; et il ne possédait pas de spirante sonore, sauf peut-être v վ, dont il sera question ci-dessous au chapitre des sonantes, où seront aussi traitées les nasales n ն et m մ.

Les sifflantes sourde s ս et sonore z զ et les chuintantes sourde š չ et sonore ž ժ n’appellent aucune observation.

Enfin h հ note un simple souffle.

Ce système consonantique est très différent du système indo-européen, et en effet les consonnes indo-européennes ont été radicalement transformées en arménien.

A. Occlusives indo-européennes.

7. — L’indo-européen comprenait des occlusives articulées en trois points : labiales, skr. p, lit. p, sl. p ; dentales, skr. t, lit. t, sl. t ; et gutturales, skr. k (et c, c’est-à-dire č), sl. k (et č), lit. k ; les labiales et les dentales se retrouvent partout, ainsi lat. p, t, gr. π, τ (p, t) ; le traitement des gutturales diffère au contraire d’un dialecte à l’autre : aux prépalatales altérées du type skr. ç, avest. s, sl. s, lit. š, les langues occidentales (grec, germanique, celtique, italique) répondent par des gutturales pures : gr. ϰ (k), lat. c ; aux gutturales du type skr. k (c), sl. k (c), lit. k, les mêmes langues et le hittite répondent en partie par des gutturales munies d’un appendice labiovélaire, comme lat. qu, dont plusieurs ont fait des labiales, ainsi gr. π (p) (et τ (t) devant ε (é) ou η (ê)), ou dans certaines conditions, par des gutturales : gr. ϰ (k), lat. c. Le traitement k est le seul admis par le tokharien. L’arménien se comporte comme les langues orientales et répond au k du sanskrit et du slave par k’ ք, au ç du sanskrit, s du slave par s ս.

En revanche, la manière d’articuler a été transformée. Si l’on néglige provisoirement les sourdes aspirées, l’indo-européen avait, d’après le témoignage concordant des groupes indo-iraniens, slaves, baltiques, celtiques, italiques, helléniques et albanais, trois séries de consonnes : les sourdes, les sonores et les sonores aspirées (confondues avec les sonores ordinaires en slave, baltique, celtique et albanais), soit t, d et dh pour les dentales. En arménien, les sourdes sont devenues des sourdes aspirées et les sonores des sourdes faibles, comme on l’a vu p. 24), c’est-à-dire que le commence-