Page:Meillet - Esquisse d'une grammaire comparée de l'arménien classique (1936).djvu/31

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etc. Pour la gutturale sonore donnant k կ devant voyelle, même prépalatale : kov կով « vache », cf. skr. gâuḥ, génit. gaváḥ ; gr. βοῦς, βο(ϝ)ός (boûs, bo(w)os) ; eker եկեր « il a mangé », cf. lit. geriù « je bois », skr. giráti « il avale » ; keam կեամ « je vis », cf. av. ǰyātuš « vie », gr. βιώναι (biônai) « vivre », etc. La mi-occlusive c Ճ ne répond à aucun phonème simple ; elle figure souvent dans des mots empruntés à l’iranien, comme carak Ճարակ « pâture » de pehlevi čarak quand elle se rencontre dans un mot indo-européen, c’est qu’il s’agit d’un ancien groupe, par ex. -gy-, comme dans ačem աճեմ « je croîs », ou bien qu’il a eu altération secondaire : le c de l’aoriste caneay ծանեայ » j’ai connu » répond à la palatale de skr. jānâti « il connaît », v. sl. znati « connaître », cf. gr. γιγνώσϰω (gignôskô) ; le č du présent correspondant čanač̣em ճանաչեմ « je connais » résulte de l’assimilation du c initial d’un ancien *canač̣em *ծանաչեմ, à la chuintante intérieure, de même que žoyž ժոյժ » patience » semble être un ancien *z-oyž (*զ–ոյժ), ainsi dans ժոյժ ունել « avoir patience ».

Après nasale, les sourdes arméniennes p, t, c, i, k subsistent à date ancienne, mais, de bonne heure, tendent à devenir sonores dans certains parlers, et, tandis que certains manuscrits distinguent encore entre նկ et նգ, նտ et նդ, etc., d’autres écrivent indifféremment նկ et նգ, նտ et նդ, la prononciation étant toujours ng, nd, etc. ; ainsi ankanim անկանիմ « je tombe », qui répond à got. sigqan « tomber », est écrit անգանիմ déjà dans un manuscrit du IXme siècle comme l’Évangile de Moscou.

c) -Sourdes non aspirées.

10. — Les anciennes sourdes non aspirées de l’indo-européen sont devenues aspirées, mais l’aspirée n’est conservée historiquement que pour la dentale et la gutturale, à l’initiale du mot devant voyelle et à l’intérieur entre deux voyelles, ainsi k‘ ք de i.-e. k (ou kw) dans lk‘anem լքանեմ « je laisse » (de *lik‘anem) cf. skr. riṇákti, lat. linquit « il laisse », v. pruss. -līnka « il reste » ; elik‘ ելիք gr. ἔλιπε (elipe) « il a laissé » ; t‘ թ de i.-e. t, dans t‘e թէ « que », cf. ags. þe, v. sax. the « que », lit. te. Donc le k կ de anjuk անձուկ « étroit » ne répond pas au -k du v. sl. õzŭkŭ « étroit », où le suffixe -ko provient d’un élargissement proprement slave ; ce k կ arménien ne peut être qu’un plus ancien g ; si quelque chose répond au suffixe