Page:Meillet - Esquisse d'une grammaire comparée de l'arménien classique (1936).djvu/40

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III. Chacune des consonnes arméniennes remonte à l’une des occlusives indo-européennes, sauf č Ճ et š չ, qui ne se trouvent que dans certains cas particuliers, et ց, č̣ չ, qui représentent toujours un groupe de consonnes.

B. Sifflante indo-européenne.

15. — L’indo-européen n’avait à proprement parler qu’une seule sifflante *s (prononcée *z devant une occlusive sonore, ainsi *zd, *zgh, etc.).

À l’initiale du mot, devant voyelle, *s est devenue h, comme dans les deux langues les plus immédiatement voisines, l’iranien et le grec ; ce h s’est amui d’ordinaire, ainsi աղ, ałt աղտ « sel », cf. lat. sal, v. sl. solĭ, gr. ἆλς, got. salt ; ewt‘n եւթն « sept », cf. skr. saptá, av. hapta, gr. ἑπτά, lat. septem, etc. On trouve h հ dans hin հին « ancien », cf. skr. sánaḥ, av. hanō, lit. sēnas, lat. senex ; mais il n’est pas évident que ce h représente le h issu de i.-e. *s : on peut penser ici à l’influence du mot iranien correspondant av. hana- (cf. M. S. L. XXI, p. 187). On rencontre aussi h հ dans de nombreux cas où la voyelle était originairement initiale, ainsi hum հում « cru », cf. gr. ὠμός, skr. āmáḥ ; hot հոտ « odeur », cf. lat. odor, gr. ὀδμή ; haw հաւ « oiseau », cf. lat. auis ; haw աւ « grand père », cf. lat. auos ; han հան « grand mère », cf. lat. anus « vieille femme » ; hołm հողմ « vent », cf. gr. ἄνεμος (B. S. L. XXVI, p. 11) ; parfois le même mot se présente avec et sans h, ainsi hogi հոգի et ogi ոգի « esprit ». La singulière faiblesse du h initial arménien est d’ailleurs attestée par le fait que ce h disparaît toujours dans le redoublement ou en composition après consonne : hec-ecem հեձ–եձեմ « je gémis profondément » ; heł-eł հեղ-եղ « torrent » ; jeṙn-at ձեռն-ատ « qui a la main coupée », cf. hati հատի « j’ai coupé » ; p‘oł-ar փող-ար « joueur de trompette » (cf. p‘oł hari փող հարի « j’ai joué de la trompette ») ; y-et յ-ետ « après » de *y-het « sur la trace de… » etc.

À l’intérieur du mot, entre voyelles, i.-e. *s a également disparu en passant par *h, ainsi : nu նու, génit. nuoy « bru », comme gr. νυός, νυοῦ, en face de skr. snuṣá, v. sl. snŭcha, v. h. a. snura, lat. nurus ; bok բոկ « nu-pieds », cf. lit. bâsas, v. h. a. bar, représente *bhoso-go- ; garun գարուն « printemps », cf. gr. Ϝέαρ, lit. vasarà, skr. vasantáḥ, représente *wesr̥-, d’où *ge(h)ar-, *gar- ; de même