Page:Meillet - Esquisse d'une grammaire comparée de l'arménien classique (1936).djvu/39

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ment général des occlusives indo-européennes en arménien ; les formes indiquées sont les formes initiales devant voyelle ou inter-vocaliques ; là où il y a deux traitements, l’intervocalique est entre parenthèses.

  Labiales Dentales Palatales Gutturales
Sourdes indo-européennes
h h (w ւ)
t‘ թ s ս k‘ ք
Sourdes aspirées » p‘ փ t‘ թ x խ
Sonoresaspirées  » p պ t տ c ծ k խ
Sourdes aspirées » b բ (w ւ) d դ j ձ (z զ) g գ ǰ ջ (ž ժ)

14.Remarques.

I. Devant une autre consonne et notamment devant une gutturale ou devant une mi-occlusive, les mi-occlusives deviennent respectivement sifflantes ou chuintantes : les formes redoublées de kic կիծ et *koč- sont kskic կսկիծ « brûlure » (de *kickic), koškočel կոշկոճել « battre » (de *koškočel) ; le subjonctif aoriste (ou futur) dont la première personne du singulier est sireçiç սիրեցիg » j’aimerai » fait à la seconde du singulier siresçes սիրեսցես (de *sireçiçes), et à la seconde du pluriel siresǰik‘ սիրեսշիք (de sireçiǰik‘). Donc es ես « moi », qui répond à gr. ἐγώ, lat. ego, got. ik et qui devrait avoir c comme mec մեծ en regard de gr. μέγας, got. mikils, est la forme originairement employée devant consonne initiale d’un mot suivant. — De même j devient z devant n dans ozni ոզնի « hérisson », cf. lit. ežỹs, gr. ἐχῖνος, v. h. a. igil ; et la préposition z զ qui répond pour le sens à v. sl. za (et aussi à got. ga-) représente le traitement de *j devant certaines consonnes.

II. Après u, l’arménien semble n’avoir que les palatales représentées par s, c, j et ignorer les gutturales représentées par k‘ k, g ; ainsi dustr դուստր « fille », cf. persan duxtar, lit. dukter- ; boyc բոյծ « nourriture », cf. skr. bhógaḥ « jouissance ». Cette particularité remonte sans doute à un fait dialectal de date indo-européenne, car loys լոյս « lumière » se trouve en regard à la fois de skr. rokáḥ « clarté », lit. laũkas « qui a une tache blanche au front » et de skr. rúçant- « brillant ». Mais elle se rencontre aussi dans deux cas où l’arménien a, d’une manière énigmatique, w ւ en face de i.-e. *n : awcanel աւծանել « oindre », cf. skr. anákti « il oint », plur. añjánti, lat. unguō ; awj աւձ « serpent », cf. lit. angìs, lat. anguis, c’est-à-dire là où w résulte d’une innovation arménienne (cf. § 19).