Page:Meiss - Considérations sur le Judaïsme, 1908.djvu/16

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pratiques des Chrétiens, est la première victime. Sa maison est livrée au pillage, et il est arrêté avec sa femme, ses deux enfants et sa bru.

Il semble que l’on rendit toute la communauté responsable du prétendu crime, à en juger du moins par un passage de la Selicha de Méir ben Eliah (Str. XIV) où l’on voit des martyrs se dévouer pour sauver le reste d’Israël, et parmi eux Simson.

Après cette attaque, 13 Juifs, la plupart très riches, restent, entre les mains des Chrétiens. Comme ils sont accusés d’un crime religieux, on les livre au tribunal ecclésiastique, et l’Inquisition se charge du procès, il était facile de prévoir comment il finirait.

L’autorité laïque, en cette affaire, s’inclina devant l’autorité religieuse, et le bailli de Troyes, Renier de la Bele, mit l’administration royale au service des Frères Prêcheurs et des Cordeliers.

Les 13 accusés furent condamnés au feu.

Les Juifs offrirent de se racheter à prix d’or. Le Saint-Office refusa ; leurs biens n’en seraient-ils pas, quand même, confisqués ? Ce qu’il demandait à ces malheureux, c’était d’abjurer ; mais ceux-ci préférèrent la mort à l’apostasie, et le samedi, 21 avril 1288, ils montèrent sur le bûcher.

On amena d’abord Isaac Châtelain, sa femme, ses deux fils et sa bru « qui tant fut belle ! » Ils allaient à la mort, les mains liées derrière le dos, chantant les chants hébreux, sans doute le « Schema », s’encourageant mutuellement et outrageant les bourreaux.

La grâce et la beauté de la jeune bru semblèrent, un moment, émouvoir le tribunal. On lui offrait la vie sauve avec le baptême ; on lui promettait richesses et