Page:Mercure de France, t. 77, n° 278, 16 janvier 1909.djvu/177

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REVUE DR LA QUINZAINE 36g vrier i83o, à Prague, mariée le 7 janvier 1862 à Petr Mazak, qui lui avait donoé des leçons de musique, morte le 7 septembre 1899, fut d’abord le type par excellence de la vocation contrariée. L ’histoire de sa vie est comme un raccourci exact de l’histoire du réveil natio­ nal et du développement de la langue et de la culture tchèques. Bien qu’on parlât le tchèque dans sa famille, la cause de cette langue y était si bien considérée comme perdue qu’on l’éleva en allemand. Sa grand-mère ne lui toléra pas même des leçons de tchèque, car « avant que la petite ait grandi tout serait devenu allemand ». En revanche, la bonne dame ne se faisait pas faute de lui raconter les contes et légendes populaires, tandis que son père, en la promenant dans Pra­ gue, évoquait les événements historiques, en face des monuments qui en avaient été témoins. Enfant sensible, rêveuse, orgueilleuse, elle a tôt fait de se rendre compte des causes du désaccord qui existait entre ses parents, dont les uns ont conservé les idées des frères mora- ves, dernier prolongement du hussitisme dans le pays, et dont les autres sont catholiques. De même,à l’école,la continuelle injustice aile- mande la rend, par réaction, d ’autant plus tchèque. Puis comme maître et parents se donnent le mot pour lui interdire d’écrire, occu­ pation jugée tout À fait malséante pour une femme, elle se met à apprendre le français et, sous prétexte d’exercices, écrit en cette lan­ gue. Il passe dans le récit de M. Cech une joyeuse figure de vieux commissaire de police. Chargé de confisquer à Prague la littérature libérale, venue d’Allemagne et de France, il n’allait pasjusqu’à don­ ner des volumes à la jeune fille qu’il avait prise en amitié, oh non, il était pour cela trop loyal serviteur de l’Etat; mais il lui faisait passer ses jours de congé dans son bureau où elle dévorait tout ce qui lui plaisait, à commencer par George Sand. Très consciente de l’infériorité de condition des femmes trop peu instruites, elle s’adonne même aux sciences. Elle déclarera plus tard qu’il n’est plus permis à l’écrivain moderne de commettre encore de ces bévues scientifiques, qui déparent tant de beaux livres. Liée avec Bojena Nemcowa (Bo- jèna Niemtzoua), qui lui transmet les conseils, qu’elle-même avait reçus de Purkyne, elle ne devint pourtant écrivain pour de bon qu’a ­ près les quatre années de maladie nerveuse, qui suivirent la mort de sa petite fille. Elle s’établit en 1853 dans le pays montagneux de Jested, où, déguisée en paysanne, vivant de la vie même du peuple, elle parvint à vaincre les défiances,au point d’obtenir sans difficulté les récits, dont elle utilisa plusieurs dans ses livres. Sa vie littéraire commence en 1808. Elle se fabriqua son pseudonyme du prénom d’une nièce, qu’elle adorait, et du nom du village natal de son m ari. Af. Cech classifie l’énorme production romanesque de Carolina Svetla en troisgroupes. De 1858 à 1866, il range dix-neuf romans, 2i