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que tout le royaume de Tlemsen ; mais la capitale défendu par Abou-Tachefyn en personne, fit une résistant opiniâtre, et ce ne fut qu’après trois ans de siége que le roi de Fez la prit par escalade. Abou-Tachefyn se jeta dans citadelle avec son fils et ses plus braves soldats, résolu à se défendre jusqu’à la dernière extrémité ; mais la forteresses ayant aussi été emportée d’assaut, il fat fut prisonnier et conduit avec son fils devant le vainqueur, qui leur fit trancher la tête, et éteignit en eux la dynastie des Zyany. B-n.


ABOU-TEMAM-HABYB BEN AWS, surnommé Althayy, le prince des poëtes arabes, naquit à Djacem, bourg situe entre Damas et Tibériade, vers l’an 170 (786-7 de J.-C.), de la tribu de Thay, illustrée par Hatem et Dawoud (voy. ces deux noms). Il fut élevé en Égypte, ou il était occupé dans une mosquée à présenter la boisson à ceux qui la fréquentaient. D’autres disent qu’il exerçait à Damas le métier de tisserand. Quoi qu’il en soit, il obtint bientôt une réputation brillante, par la fertilité de son imagination et la pureté de son style. Les califes sous le règne desquels il vécut le comblèrent de bienfaits : il chanta leur générosité et leurs exploits, et composa trois recueils de poésies extraites des diwans des meilleurs poëtes arabes avant et depuis Mahomet. Ces recueils sont intitulés : Hamaçah, Fohoul-al-Choaro, et Ketab-alikk-tyar-min-chaar-alchoara. Plusieurs fragments du premier de ces recueils ont été publiés par Schultens, à Leyde, en 1748, à la suite de la Grammaire d’Erpénius ; par Hirt, dans son Anthologia arabica, imprimée à Iéns en 1774. Schultens en a inséré encore quelques pièces en 1740, dans ses Monumenta antiquissima historiæ Arabum. Carlyle a réimprimé ces fragments en 1796, dans ses Essais. Enfin, on trouve encore des extraits du Hamaçah, à la suite du Poëme de Zoheïr, publié par M. Lette. Les poésies d’Abou-Temam ont été réunies en corps d’ouvrage par Abou-Bekr-al-Souly, qui les a disposées dans l’ordre alphabétique, et par Ali ben Hamzah-al-Ispahany, qui les a classées selon leur genre. Abou-Temam mourut à Moussoul ; mais l’époque de sa mort est aussi incertaine que celle de sa naissance. Aboul-Féda la place en l’an 228 de l’hégire. La force de son imagination fut cause de sa mort, ou, pour nous servir de l’expression d’un de ses contemporains, « la vivacité de son esprit consuma son corps, comme la lame d’une épée en use le fourreau. » J-n.


ABOU-THALEB-AL-HOCEINY florissait sous le règne du sultan de Damas et d’Égypte, Milékel-Aadel-Seyfed-dyn Abon-Bekr, nommé par nos écrivains des croisades Saladin, conséquemment vers la fin du 12e siècle et au commencement du 13e. Il dédia à ce prince sa traduction persane de Touzoukati-Tymour, Institutes (politiques et militaires) de Tymour (Tamerlan), faite d’après l’original turc, c’est-à-dire, Oïgour, qui se trouvait dans la bibliothèque de Djafer, gouverneur de l’Yémen. J’ai traduit cet ouvrage en français d’après la version persane, Paris, 1787, in-8°. (Voy. Tamerlan.) L-s.


ABOU-TALEB-KAN (Mirza), voyageur et littérateur, naquit en 1751, à Lacknaw, dans l’Indoustan. Son père, Hadji-Mohammed, Turc d’origine, mais né à Ispahan, et issu du prophète Mahomet, ayant été forcé, par la tyrannie de Nadir-Scah, d’abandonner la Perse, avait passé dans l’Inde ; très-bien accueilli par le nabab d’Aoude, Abou-Manour-Sefder-Djenk, il était devenu l’un des premiers favoris de Mohammed-Kouli-Kan, gouverneur d’Aoude et neveu de ce prince. Choudjah-Eddaulha, fils et successeur de Sefder-Djenk, en 1753, ayant fait périr son cousin, Hadji-Mohammed se sauva dans le Bengale pour éviter le même sort, et mourut à Moursched-Abad en 1768. Deux ans avant sa mort il y avait fait venir sa famille, que Choudjah-Eddaulah avait épargnée, en raison d’anciennes liaisons d’origine et d’amitié, et à laquelle il avait donné des secours, après l’avoir dépouillée de ses biens. Abou-Taleb, à seize ans, se trouva chargé de soutenir sa famille. Fiancé à la fille d’un proche parent du nabab de Bengale, dépendant des Anglais, il passa quelques années au service de ce prince. Lorsqu’Assef-Eddaulah eut succédé, en 1775, à son père Choudjah, son ministre engagea Abou-Taleb à revenir à Lacknaw, et le fit nommer percepteur général des taxes dans le pays entre le Djemnah et le Gange. Deux ans après, la mort de son protecteur lui fit perdre cette place ; mais il fut adjoint pendant trois ans à un colonel anglais dans les mêmes fonctions. Ce colonel fut réformé, et Abou-Taleb retourna à Lacknaw. Cependant les exactions des agents du fisc de la compagnie anglaise des Indes soulevèrent les zemindars, ou fermiers des terres de la couronne. Ils prirent pour chef un rajah qui, descendant des anciens rois de l’Inde et ayant à ses ordres un grand nombre de radjpouts, méconnaissait l’autorité du nabab d’Aoude. Les troupes de celui-ci, les cipayes de la compagnie, l’interposition du gouverneur général Hastings, échouèrent contre ce rebelle, par les intrigues du ministre Hayder-Bey. Enfin, cédant aux sollicitations de l’agent anglais, et malgré sa répugnance à lutter contre le ministre qui était son ennemi personnel, Abou-Taleb consentit à se charger de rétablir l’ordre dans le pays. Pendant deux ans il fit avec succès la guerre au rajah, et délivra le nabab de la haine héréditaire de ce rival redoutable ; mais ces importants services furent payés d’ingratitude. Après le départ de Hastings pour l’Europe, Hayder-Bey obtint la faveur de son successeur Macpherson, et supprima la pension de 6,000 roupies qu’Abou-Taleb recevait du nabab. En 1787, Abou-Taleb revint dans le Bengale et porta ses plaintes au nouveau gouverneur Cornwallis, qui promit de lui faire rendre justice ; mais il partit pour son expédition contre le sultan Tippoo, et ce ne fut qu’au bout de quatre ans qu’il put effectuer sa promesse. Dans cet intervalle, Abou-Taleb ayant fait venir sa famille à Calcutta, avait vu déserter tous ses amis et périr un de ses fils. En 1792, il partit pour Lacknaw avec des lettres de Cornwallis pour l’agent anglais et pour le nabab Assef-Eddaulah. Il attendait, d’un jour à l’autre, sa nomination, lorsque le départ de Cornwallis pour l’Europe anéantit ses espérances. Forcé alors de quitter Lacknaw, il y