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ADR

quoiqu’ils ne relevassent pas de son siége. Adrien obtint que Lambert, duc de Spolette, fût privé de son duché, pour avoir pillé la ville de Rome le jour même de sa consécration. Sa conduite avec Lothaire le Jeune fut aussi ferme que prudente. Ce monarque avait répudié Thietberge pour épouser Valdrade ; les prédécesseurs d’Adrien II, Benoit III et Nicolas Ier, avaient prononcé l’excommunication contre Lothaire. (Voy. Lothaire et Gonthier, archevêques de Cologne.) Peut-être Charles le Chauve, qui convoitait les États de son neveu, travaillait-il sourdement à faire condamner Lothaire sans retour. Adrien préféra l’engager à lui demander un pardon général. Au reste, il ne préjugeait rien sur la question principale du divorce qu’il avait renvoyée à un concile. Adrien fut moins heureux dans le projet qu’il forma de favoriser les prétentions de l’empereur Louis II, contre les intérêts de Charles le Chauve, qui s’était emparé d’une partie de la succession de Lothaire. Le pape menaça Charles de l’excommunier comme usurpateur. Ce fut a cette occasion qu’Hincmar de Reims lui écrivit avec vigueur, pour lui faire sentir que sa dignité ne lui donnait aucun droit se prononcer sur les démêlés qui s’élevaient entre les souverains. Adrien n’en voulut pas moins prendre ensuite le parti de Carloman, révolté contre le roi son père. Hincmar de Laon, neveu de l’archevêque de Reims, qui s’était rendu odieux par sa conduite, se déclara aussi pour Carloman. Condamné dans le concile d’Attigny, il en appela au pape, qui voulut le protéger et le soustraire au jugement du concile ; mais Adrien éprouva une telle résistance de la part du roi et des évêques de France, qu’enfin il céda, et fit à Charles le Chauve une réponse remplie de bienveillance et d’éloges. Adrien mourut vers la fin de 872, laissant des souvenirs respectables de ses lumières et des qualités de son cœur. On loue surtout beaucoup son désintéressement et sa munificence envers les pauvres. Il montra quelques idées exagérées sur l’autorité pontificale ; mais il reconnut ses torts : enfin il eut des vertus et répandit des bienfaits. On a conservé quelques lettres de lui. Dans son épître au concile de Constantinople, Adrien convient qu’il est permis aux évêques d’accuser, de juger et de condamner le pape pour cause d’hérésie. Adrien II eut pour successeur Jean VIII. D-s.


ADRIEN III, romain de naissance, fils de Benoit, élu pape en 884, fut le successeur de Marin, et n’occupa le siége qu’un an et quatre mois. Il rompit, à l’exemple de son prédécesseur, avec Photius, patriarche de Constantinople, qui n’admettait point que le St-Esprit procédât du Fils ainsi que du Père. C’est le seul trait que l’on connaisse de la vie d’Adrien III, qui semblait d’ailleurs donner de grandes espérances. Il eut pour successeur Étienne V. D-s.


ADRIEN IV, élu pape le 5 décembre 1154, était né vers la fin du siècle précédent, à Langley, près St-Albans, dans le Hertfordshire. C’est le seul Anglais qui soit mort sur le siége pontifical. Il se nommait Brekspeare ou Brise-lance. Son père était mendiant, puis serviteur, puis religieux dans le monastère de St-Albans. Le fils ne fit pas jugé digne d’y être admis à cause du défaut absolu d’éducation dont son extrême pauvreté était cause. Obligé de mendier son pain, et d’aller chercher fortune sous un ciel étranger, après avoir traversé la France, il parvint à se faire recevoir domestique dans le monastère de St-Ruf, près Avignon. Ce fut là qu’il s’initia aux lettres et aux sciences, dans lesquelles il fit des progrès aussi rapides que brillants. Sa conduite officieuse, son application au travail le rendirent agréable aux religieux, qui l’admirent parmi eux ; et, après la mort de l’abbé, en 1137, son mérite le fit choisir pour supérieur, d’une voix unanime. Mais l’envie ne tarda pas à lui susciter des querelles ; les moines l’accusèrent auprès du pape Eugène III, qui lui donna gain de cause, et dit a ses adversaires, en les renvoyant : « Allez, faites choix d’un supérieur avec lequel vous puissiez, ou plutôt, avec lequel vous vouliez vivre en paix : celui-ci ne vous sera pas longtemps a charge. » En effet, Eugène le retint près de lui, le fit, en 1146, cardinal-évêque d’Albano et l’envoya ensuite, en qualité de légat, en Danemark et en Norvège. À son retour, il fut traité avec beaucoup de distinction par le pape Anastase IV, auquel il succéda. Henri II, roi d’Angleterre, l’envoya féliciter, et les moines de St-Albans accompagnèrent les ambassadeurs du roi, apportant au pape de riches présents. Adrien n’en accepta qu’une partie, en rappelant à ces religieux, mais sans aigreur, et même avec une espèce de gaieté, qu’autrefois ils lui avaient refusé un habit. Le nouveau pape signala d’abord son zèle contre Arnaud de Bresse, disciple d’Abailard, enthousiaste séditieux et turbulent, dont les sectateurs avaient attaqué et blessé le cardinal Gérard, dans la rue Sacrée. Adrien mit la ville de Rome en interdit, jusqu’à ce que cet attentat fût puni. (Voy. Arnaud.) Il eut ensuite quelques contestations avec l’empereur Frédéric Barberousse, d’abord au sujet du cérémonial qui devait être observé pour l’onction impériale que ce prince reçut du pape. Frédéric se trouva ensuite choqué qu’Adrien le traitât comme un vassal, dans une lettre sur laquelle le pape donna des explications qui adoucirent le prince, et la paix se rétablit entre eux. Elle fut encore troublée au sujet de la nomination à l’archevêché de Ravenne, qu’Adrien refusait de confirmer. Cette querelle embrasse les questions les plus importantes ; elle se prolongea bien au delà du pontificat d’Adrien. Nous la suivrons sous le gouvernement de ses successeurs. Dans les intervalles de paix et de bonne intelligence entre Frédéric et Adrien, celui-ci, avec le consentement de l’empereur, voulut soumettre Guillaume, roi de Sicile, qui lui refusait l’hommage de ses États, et quelques restitutions. Adrien marcha lui-même à la tête d’une armée contre Guillaume. Le succès répondit d’abord aux espérances du pape, qui refusa des conditions avantageuses ; mais la fortune le trahit à son tour ; et Guillaume l’ayant enfermé dans Bénévent, obtint qu’aucun appel de ses tribunaux ne serait porté à la cour de Rome ; que le pape n’enverrait point chez lui de légat sans son consentement,