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de Henri Ier, roi d’Angleterre, et de Robert, duc de Normandie, le comte d’Alençon prit le parti pour le dernier : c’était bien le de la justice, mais ce ne fut pas celui de la fortune. L’infortuné duc fut battu et pris, en 1106, à la bataille de Tinchebray. le comte y commandait l’arrière-garde, et fut obligé de prendre la fuite. Henri feignit de l’épargner, parce qu’il avait besoin de le ménager ; mais, ayant trouvé moyen de s’emparer de sa personne, il le confina dans la prison de Verham en Angleterre, ou il mourut misérablement. — Guillaume III. Il fut surnommé Talvas, comme plusieurs de ses prédécesseurs. Fils de Robert II, et à ce titre comte d’Alençon, il devint comte de Ponthieu du chef de sa mère. Henri avait disposé de ces possessions mais, aidé par Foulques, comte d’Anjou, Guillaume y rentre en 1118, et eut beaucoup à combattre pour s’y maintenir. Il se croisa, et partit, pour la Palestine en 1147 avec son fils, qui mourut à Éphèse. Fondateur de plusieurs monastères, le comte d’Alençon mourut le 29 juin 1172. — Jean Ier. L’Art de vérifier les dates prétend que ce prince fut le premier seigneur d’Alençon qui ait pris le titre de comte dans des actes non contestés. Toutefois ses prédécesseurs sont appelés comtes par tous les historiens, et il est difficile de leur contester ce titre. Jean prit le parti des fils de Henri II, son souverain, et attira ainsi la guerre sur ses États, que toutefois il conserva. Il mourut le 24 février 1191. Son frère lui succéda. — Robert III. Il se croisa aussi et suivit Richard Cœur-de-Lion en Palestine, où il resta quelque temps encore après le départ de son souverain. De retour à Alençon, et indigné de la conduite de Jean-sans-Terre, il se soumit à Philippe-Auguste, auquel il remit sa principale place. Mort vers 1218, il laissa pour successeur un fils posthume (Robert IV), qui ne vécut que deux ans. nous n’avons pu donner de détails sur Jean II, ni sur Guillaume IV, parce que ces princes vécurent trop peu pour attacher leur nom à aucun événement remarquable. — Robert IV étant mort dans l’enfance, la branche des Montgommery d’Alençon se trouva éteinte. Philippe-Auguste réunit à la couronne de France le comte d’Alençon, en 1219. La maison royale de France fournit à Alençon seize seigneurs, y compris deux reines qui portèrent le titre de duchesses de ce domaine. — Louis IX donna Alençon pour apanage à son cinquième fils. Là commence la branche des Valois d’Alençon. — Pierre Ier. Il avait accompagné en Afrique son père, qui mourut au siége de Tunis. De retour de cette funeste expédition, il passa en Italie pour venger les Français victimes des Vêpres siciliennes. Blessé gravement dans un combat, il alla mourir à Salerne, en 1282. Ce prince étant mort sans enfants, le comté d’Alençon retourna à Philippe le Hardi, son frère, qui en disposa en faveur de son troisième fils, au mois de mars 1281. ─ Charles Ier. Il eut presque toujours les armes à la main, et combattit vaillamment en Catalogne, en Flandre, en Guienne, et dans le royaume de Naples. Cette dernière expédition fut la moins heureuse. Il avait eu une grande part à la proscription des Templiers et à l’assassinat juridique d’Enguerrand de Marigny, qu’il fit réhabiliter pour tâcher de calmer les remords de sa conscience. Sa mort eut lieu le 16 décembre 1325. (C’est a tort que dans la 1re édition de la Biographie universelle, t. 1, p. 486, on fait mourir ce prince en · 1415 à la bataille d’Azincourt.) — Charles II. Il fut d’abord investi du comté d’Alencon, que son père lui retira ensuite pour lui donner celui de Chartres ; mais enfin, par les partages de 1322, il lui rendit le comte d’Alençon avec une partie du Perche. Charles II de Valois était fils de Charles Ier. Pendant les guerres sanglantes qui eurent lieu entre Philippe de Valois, son frère aîné, et le roi d’Angleterre, Charles montra beaucoup de bravoure et d’habileté. Il mourut les armes a la main, le 26 août 1346, à la bataille de Crécy. Ce fut en sa faveur que, vers 1328, le comté d’Alençon fut érigé en pairie. — Charles III. À peine âge de neuf ans lorsqu’il perdit son père, il fut, par la suite profondément affligé des malheurs de la France : il se décida, en 1359, à prendre l’habit monacal, fut sacre archevêque de Lyon le 13 juillet 1365, et mourut dix ans après. Il eut- pour successeur son frère Pierre de Valois. — Pierre III. Avant d’être devenu comte d’Alençon en 1367, il se rendit en Angleterre pour servir d’otage au roi Jean, dans le courant de 1360. De retour en France seulement en 1366, Pierre combattit, en 1372, sous les ordres de Duguesclin, et contribua avec ce grand capitaine a la défaite des Anglais en Bretagne. Le Gris et Jean de Carrouges, ses chambellans, sont fameux par le duel célèbre du 22 décembre 1386. Pierre mourut le 20 septembre 1404. — Jean III. Né en 1385, il prit le titre de duc à l’époque de l’érection d’Alençon en duché-pairie, le 1er janvier 1414. Pendant les sanglants débats entre la faction d’Orléans et celle de Bourgogne, il prit parti pour la première, et finit par périr à la bataille si désastreuse d’Azincourt, le 25 octobre 1415, en combattant comme Charles Ier, et succombant sous les mêmes destins. — Jean IV (appelé mal a propos Jean II dans la 1re édition de la Biographie), naquit à Argentan, le 2 mars 1409, et succéda à son père en 1415. Le roi d’Angleterre, descendu on Normandie le 14 août 1417, lui enleva Alençon le 22 octobre suivant. Fait prisonnier à la bataille de Verneuil, le 17 août 1424, il fut renfermé sur Crotoy, et n’obtint à force d’or sa liberté que le 21 mai 1429. Il assista à la première entrevue que Jeanne Arc eut avec le roi, et il eut l’honneur de combattre plus d’une fois a côte de cette héroïne. Sous les ordres du duc, et grâce aux inspirations de l’intrépide amazone, les Français conduisirent Charles VII à Reims, ou il fut sacré. Jean y représenta le duc de Bourgogne, premier pair, et, après le couronnement, servit le roi à table. Les Anglais, battus sur tous les points, furent bientôt chassés de la Normandie. Alors le duc d’Alençon rentra dans ses domaines. On le voit figurer comme témoin, en 1456, dans la révision du procès de la Pucelle, à laquelle il rendit les plus honorables hommages. Le point le plus délicat de l’histoire de Jean IV est l’affaire dans laquelle il se trouva impliqué comme conspirateur en faveur de l’Angleterre contre le monarque, son parent, son ami et son bienfaiteur.