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abdication, une Histoire générale des Tatars, en tatar, qui fut traduite d’abord en russe, puis en allemand par des officiers suédois relégués en Sibérie ; après la bataille de Pultawa. La traduction française, faite d’après cette dernière version, et publiée à Leyde en 1726, 3 vol. in-12, par Bentinek ; est augmentée d’un nombre de notes excellentes. Je crois pourtant y avoir découvert quelques inexactitudes, que j’ai essayé de rectifier dans ma Notice des Kans de Crimée insérée à la suite du Voyage de Forster, t. 3, p. 237 et 328, note. Aboul-Ghazy s’est principalement servi du Tarykk-Rackydy, ou Djema-t-téwaryyk de Rachydéadyn : il dit aussi lui-même avoir consulté dix-sept autres histoires. (Voy. Histoires généalogique des Tartars, p. 79.) Un exemplaire manuscrit du texte original de son ouvrage existait du temps du baron de Tou, à Baghtchéh-Séraï, capitale de la Crimée, et l’on continuait d’y insérer les événements mémorables. L-s.


ABOUL-HACAN (Ali), astronome arabe, vivait à Maroc sous le commencement du 15e siècle. Selon la coutume des savants de l’Orient, il voyagea beaucoup, parcourut le midi de l’Espagne, le nord de l’Afrique, ou il releva la latitude de plusieurs villes, et résida au Caire, ainsi qu’on en peut juger par quelques passages de son ouvrage intitulé : des Commencements et des Fins, titre sous lequel il a donné un traite d’astronomie qui, selon Hadjy-Khalfaj (voy. ce nom), est le plus complet qu’aient les Arabes sur les instruments astronomiques. M. Sédillot a mérité, d’après le rapport du jury, l’un des prix décennaux en 1810, par une savante traduction française de ce traité. Le roi en ordonna l’impression à l’imprimerie royale en 1833, aux frais de l’État. J-n.


ABOUL-HACAN ALI, roi de Maroc, de la dynastie des Mérinides, s’est rendu célèbre par n ambition, son couraqe et ses malheurs. Successeur de père, Abou-Saïd Othman, l’an de l’hégire 731 (de.-C. 1330), il résolut d’abord de sacrifier à sa sûreté son frère Omar, qui était pour lui, un rival dangereux. Il lui déclara la guerre, le vainquit et le fit périr. Héritier des prétentions de ses prédécesseurs sur l’Espagne, il envoya une armée sous les ordres de son fils, Abd-el-Mélek qui s’empara de Gibraltar. Le roi de Grenade, voulant se ménager l’alliance du roi de Maroc, lui céda cette forteresse, et le secourut même avec succès contre les attaques du roi de Castille. La guerre qui éclata entre les rois de Tunis et de Telemsem détermina Abou-Haçan Ali à étendre ses conquêtes en Afrique. Sous prétexte de marcher au secours du premier, que le second tenait bloque dans Budjie, il alla mettre le siége devant Telemsem, qui ne se rendit qu’au bout de trois ans, et il fit trancher la tête au roi Abd-er-Rahman et à son fils aîné, Maître de tout le royaume, et ayant pourvu à sa sûreté, il s’embarqua pour l’Espagne dans le dessein de venger la mort de son fils, Abd-el-Mélek, qui avait été tué dans un combat. Il remporta une victoire complète dans le détroit de Gibraltar, sur la flotte chrétienne, commandée par l’amiral de Castille, Godefroi Tenorio, le 9 safar 741 (4 août 1340), et de concert avec Yousouf, roi de Grenage, il vint peu de temps après assiéger Tarifa. Malgré l’artillerie dont il se servit, et dont l’usage était encore inconnu aux chrétiens, il échoua dans cette entreprise. Une partie de ses troupes, que commandait un de ses fils, fut taillée en pièces dans une expédition contre les villes de Xérez, d’Arcos et de Sidonia, et lui-même fut battu, ainsi que son allié le 7 djoumadi 1er (29 octobre), sur les bords du Rio-Salado, par les rois de Castille et de Portugal. Pendant la bataille, la garnison de Tarifa tomba sur le camp du roi de Maroc et s’empara de ses bagages, de ses trésors et des ses femmes. Cette perte fut si sensible au monarque africain, qu’il se retira aussitôt a Gibraltar et s’y embarqua le lendemain pour Ceuta, d’où il retourna dans sa capitale. Il s’occupa quelque temps à réparer les malheurs de sa défaite, à réorganiser son armée, et à faire prospérer ses États. Mais tourmenté par l’ambition, il songea à recouvrer en Afrique plus qu’il n’avait perdu en Espagne. Il n’avait pas osé attaquer le roi de Tunis, son ancien allié et son beau-père ; ce prince étant mort, il profita de la circonstance favorable que lui offraient la guerre qui avait éclaté entre ses deux fils et l’appel que lui firent les grands du pays pour recourir à sa protection. Aboul-Haçan se mit en marche au mois de safar 748 (mai 1549), et s’empara de Budjie et de Constantine. À son approche de Tunis, Omar, qui, vainqueur et assassin de son frère Ahmed, venait à son tour d’être battu par la faction ennemie, s’enfuit de la capitale et fut tué peu de temps après. Aboul-Haçan fut reconnu roi à Tunis, sans opposition, et sa puissance fut si grande, que les sultans mameluks d’Égypte en prirent ombrage. Mais, aveuglé par la prospérité, il abusa de son pouvoir et traita en vaincus des peuples qui s’étaient volontairement soumis à lui. Sa tyrannie et les vexations de ses courtisans poussèrent à la révolte les tribus arabes. Elles l’attaquèrent près de Kairowan, le défirent et s’emparèrent de son camp et de ses trésors. Il voulut se réfugier dans Kairowan ; mais les habitants lui ayant fermé leurs portes, il fut obligé de se retirer à Sous. Poursuivi par les Arabes qui pillèrent son palais et se livrèrent à toutes sortes d’excès, Aboul-Haçan, craignant de tomber en leur pouvoir, marchait de nuit ; ils le harcelèrent tellement, qu’après avoir vu la plupart de ses compagnons tués, dispersés et dépouilles, il fut contraint de se cacher sur de hautes montagnes. Ses ennemis, qui avaient perdu ses traces, allèrent du côté d’Africa, pensant qu’il s’était renfermé dans cette place. Il trouva moyen alors de s’embarquer et aborda à Tunis, où il fut bientôt assiégé par les Arabes. Sur ces entrefaites il apprit que son fils, Aboul-Anan-Farès, aidé par son beau-père, avait usurpé le trône de Fez. Ce malheur acheva de l’accabler et lui arracha des larmes ; mais ses amis relevèrent son courage et le déterminèrent à retourner dans ses États, en lui faisant espérer qu’il y trouverait plus facilement les moyens de rétablir ses affaires. Aboul-Haçan se rembarqua dans la saison la plus périlleuse, laissant à Tunis son fils Naser, qu’une nouvelle révolution força