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de jouer, fut détenu à Spandau, puis à Paris au For-l’Évêque, précisément en raison de ses déguisements, peut-être aussi de ses dettes ; mais ce qu’il a fait pour les sciences ne permet qu’à peine que l’on s’arrête aux folies de cette première période de sa vie. Après bien des vicissitudes dans sa fortune, il accompagna à Naples William Hamilton, ministre de la Grande-Bretagne. C’est là qu’il publia, en anglais et en français, un ouvrage sous le titre d’Antiquités étrusques, grecques et romaines (voy. HAMILTON). Lorsque Winckelmann vint à Naples, ce savant ne céda point aux préventions qu’on cherchait à lui inspirer contre celui que l’on qualifiait d’aventurier français : il accepta un logement chez lui, et ils conçurent l’un pour l’autre une affection qui ne s’est pas démentie. La mort vint surprendre le célèbre antiquaire allemand : pour éterniser ses regrets, d’Hancarville fit graver, dans le livre ci-dessus désigné (t. 2), un monument sépulcral avec l’inscription suivante :

D. M.

Joan. Winckelmann

vir. optim. amie, cariss.

Pet. d’Hancarville

dolens fecit

orco peregrino.

Winckelmann, dans plusieurs de ses lettres, rend un mérite éclatant au mérite de d’Hancarville, qu’il appelait avec gaieté le Capitaine tempête. L’antiquaire français est auteur d’ouvrages licencieux. Un de ces ouvrages, imprimé à Naples, lui attira des désagréments. Après avoir fait un voyage en Angleterre quelques années avant la révolution de 1789, il revint dans le pays classique des beaux-arts. C’était un plaisir bien vif que celui de l’avoir pour cicérone, à Rome surtout, lorsqu’on visitait les emplacements les plus célèbres, les grands monuments antiques de toutes les espèces. Il passa beaucoup de temps à Venise, où il était de la société intime de madame Marini-Albrizzi, qui a tracé de lui, dans ses Ritratti, un portrait charmant : Walter Scott n’a pas mieux peint l’antiquaire dans un de ses meilleurs romans. Il habitait aussi très souvent Padoue ; et c’est là qu’il vit arriver le dernier terme de sa longue carrière, le 9 octobre 1805. On a beaucoup varié sur le lieu et l’époque de sa mort. La date qu’on vient de donner est la seule admissible, parce qu’elle est consignée dans le lieu de sa sépulture, l’église de St-Nicolas. L’auteur de cet article a quelquefois entendu d’Hancarville, à Venise, lire des dissertations pleines d’érudition et de charme, où ce savant ingénieux expliquait à sa manière toutes les intentions de Raphaël, le sujet de ses magnifiques tableaux qu’on admire aux stanze, chambres du Vatican, tous les personnages qui sont en scène, leurs actions et presque leurs paroles, comme s’il était entré dans l’atelier du peintre immortel, comme s’il en avait reçu d’honorables confidences. Le comte Cicognara a donné des

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fragments de ces dissertations dans son Histoire de la sculpture. Les titres de plusieurs autres dissertations inédites, du même, sont indiqués dans les notes de la traduction italienne de l’Histoire de la vie et des ouvrages de Raphaël, de Quatremère de Quincy, par M. Francesco Longhena. On a de d’Hancarville : 1° Essai de politique et de morale calculée, t. 1er et unique, 1759, in-12 ; 2° Antiquités étrusques, grecques et romaines, tirées du cabinet du chevalier W. Hamilton (en anglais et en français) Naples, 1766-67, 4 vol. in-fol. max. D’autres productions modernes ont diminué l’importance et le prix de cet ouvrage, destiné essentiellement à faire connaître la superbe collection de vases étrusques du ministre anglais à Naples. Il existe deux nouvelles éditions de ce beau livre, l’une publiée par David, 1787, l’autre en français et en anglais, Florence, 1801-08, 4 vol. grand in-fol. Monuments de la vie privée des douze Césars, d’après une série de pierres gravées sous leurs règnes, Caprée (Nancy, Leclerc), 1780, in-4° ; 4° Monuments du culte secret des dames romaines, pour servir de suite aux Monuments de la vie privée des douze Césars, Caprée (Nancy, Leclerc), 1784, in-4°. D’Hancarville avait publié : Veneres et Priapi, uti observantur in gemmis antiquis, Leyde, sans date, petits vol. in-4°. Il y a deux éditions de cet ouvrage. La première fut faite à Naples vers 1771. La seconde, dont le format est plus petit, est accompagnée d’une traduction anglaise, et semble avoir été exécutée à Londres. On croit que c’est le même livre qui a reparu en français, mais avec un texte beaucoup plus développé, sous les titres rapportés ci-dessus. L’abbé Leblond a eu beaucoup de part à la nouvelle édition, et M. Lamoureux, dans un article remarquable sur d’Hancarville dont Barbier s’est emparé lorsqu’il composait son Examen critique des dictionnaires historiques, a très bien jugé, expliqué, l’imposture spirituelle et hardie de l’érudit, qui se faisait, dit-il, aider par des artistes habiles à retracer la nature dans toute sa nudité, et même dans ses écarts, voulant faire passer pour des monuments antiques des scènes très impures, dont la description, éminemment poétique, se trouve dans Ovide, Properce et Pétrone. Recherches sur l’origine, l’esprit et le progrès des arts dans la Grèce, sur leur connexion avec les arts et la religion des plus anciens peuples connus et sur les monuments antiques de l’Inde, de la Perse, du reste de l’Asie, de l’Europe et de l’Egypte, Londres, Appleyard, 1785, 5 vol. in-4°. Ce livre est fait pour placer le nom de d’Hancarville à côté de ceux de Winckelmann et de Visconti ; il est devenu très rare. M. Valéry, cité plus haut, nous apprend que d’Hancarville avait composé, sur un ancien amphithéâtre de Padoue, une dissertation restée inédite, ainsi qu’un grand nombre de ses recherches qui ont passé entre les mains d’un Anglais, M. Wolstenhome Parr, longtemps domicilié à Venise, qui était à Padoue en 1830, et devait les publier en Angleterre. L-P-E.