Page:Michaud - Biographie universelle ancienne et moderne - 1843 - Tome 38.djvu/187

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en 1799, pendant le siège de St-Jean d’Acre, où il servait avec distinction en qualité de chef de bataillon du génie, et mourut à Césarée par suite de l’amputation[1] ; l’autre (Louis-Auguste), né à Lyon, le 9 mars 1774, est mort le 6 mars 1840, à Paris, où il s’était retiré après avoir été longtemps raffineur de sucre à Nantes. Celui-ci est auteur de quelques écrits économiques peu importants, dans lesquels il affectait de redresser de prétendues erreurs de son frère, sans s’apercevoir qu’il avait grand besoin lui-même qu’on redressât les siennes[2]. Bl-I.


SAY (Horace-Émile), économiste français, fils de Jean-Baptiste Say (voy.' ci-dessus), naquit à Noisy près Paris, le 11 mars 1794. Appartenant au culte protestant, il alla étudier à Genève, comme la plupart des jeunes gens nés dans cette communion. Il devait d'ailleurs trouver dans cette ville une partie de sa famille qui s'y était réfugiée depuis la révocation de l'édit de Nantes. A l'issue de ses études, il entra chez un de ses parents, M. Delaroche-Delessert, qui avait deux maisons de commerce considérables, l'une à Nantes, l'autre au Havre. Lorsque son illustre père, tombé en disgrâce sous le premier empire, et ne sachant comment faire subsister sa famille, résolut d'en chercher les moyens dans le commerce et l'industrie et se fit filateur de colon, son fils lui servit de rattacheur ; l'un et l'autre ne tardèrent pas à devenir experts en cette partie. En 1813, Ce fut au tour d'Horace de s'ouvrir une voie dans le monde. Il n'avait qu'à suivre les traces paternelles. Après avoir séjourné pendant plusieurs années aux Etats-Unis et au Brésil, il revint en France et fonda à Paris une maison de commission pour l'Amérique méridionale. Probe, actif et intelligent, il se fit distinguer du chef d'un grand établissement commercial, M. Cheuvreux-Aubertot, qui lui donna sa fille en mariage. Grâce à cette alliance, qui assurait sa fortune particulière, il put s'appliquer aussi à l'étude de la prospérité générale et, à son tour, rendre service au pays. En 1830, il publia Une Histoire des relations commerciales entre la France et le Brésil, dans laquelle il réunit les observations que son séjour dans cette partie de l'Amérique méridionale lui avait pu fournir. En 1831, il fut élu juge au tribunal de commerce de

(1) Horace Say avait concouru avec son frère, en 1797, à la rédaction de la Décade philosophique, et il avait fourni un Cours de fortifications au Journal de l'école polytechnique (t. 1, 1794).

|2| Les ouvrages de Louis Bar sont : 1° Principales causes de la richesse ou de la misère des peuples et des particuliers, Paris, 1818 ; 2° Considérations sur l'industrie et la législation, sous le rapport de leur influence sur la richesse des Etats, et examen critique des principaux ouvrages qui ont paru sur l'économie politique, Paris, 1822, in-8° ; 3° Traité élémentaire de la richesse individuelle et de la richesse publique, et éclaircissements sur les principales questions d'économie politique, Paris, 1827, in-8° ; une traduction en anglais fut imprimée à Nantes en 1829 ; 4° Etudes sur la richesse des nations, et réfutation des principales erreurs en économie politique, Paris, 1836, in-8° ; 6° Influence de la morale et des dogmes religieux sur la richesse des nation», Nantes (sans date) ; réimprimée dans le Traité élémenlaire de la richesse.


SAY

la Seine, et, en 1834, il fut nommé membre de la chambre de commerce. En 1837, il entra au conseil municipal, et, en 1846, au conseil général de la Seine. A cette dernière époque, il consigna dans un ouvrage spécial intitulé Etudes sur l'administration de la ville de Paris et du département de la Seine le résultat de ses observations en matière administrative. La confiance de ses concitoyens lui maintint sous les régimes suivants les diverses fonctions qu'il devait à l'élection. Et, à son tour, le pays lui-même, représenté par l'assemblée nationale, l'appela, en 1849, fi siéger au conseil d'Etat, où il resta jusqu'au 3 décembre 1851. C'est lui qui dirigea, de 1848 à 1851, au nom de la chambre de commerce, la mémorable enquête sur l'industrie parisienne. C'était à l'époque où l'assiette actuelle de la société était mise en question, où tout, commerce, industrie, finances, donnait lieu à autant de problèmes discutés non-seulement par les citoyens, mais par la représentation nationale et le gouvernement lui-même. On comprend quelles lumières devaient répandre sur toutes ces questions les recherches auxquelles Horace Say et ses collaborateurs s'étaient voués. Trente-deux mille maisons visitées en détail, soixante-quatre mille huit cent seize entrepreneurs d'industrie scrupuleusement interrogés, et, par suite, autant de professions classées, étudiées, appréciées, enfin plus de quatre cent mille travailleurs devenus l'objet d'études approfondies, c'en est assez pour que l'on reconnaisse que cette immense exploration constitue un des plus beaux titres d'Horace Say au souvenir de la science économique. Le lumineux rapport qu'il publia sur cette enquête, communiqué d'abord à l'Académie des sciences morales et politiques, fut couronné, en 1853, par l'Académie des sciences. Lui-même devint membre de la première de ces assemblées en 1857. A côté de ces occupations multipliées, le fils de J.-B. Say sut trouver le temps de prendre part à divers recueils, tels que le Journal des économistes, le Dictionnaire de l'économie politique, le Dictionnaire du commerce et des marchandises, enfin l' Encyclopédie du droit. Horace Say porta ainsi dignement par ses propres travaux la gloire d'un grand nom. Chez lui les qualités de l'homme privé étaient — ce qui n'arrive pas toujours — à la hauteur des qualités de l'homme public. Sa maison était ouverte à tous ceux qui aimaient sincèrement la science. Horace Say mourut en août 1860. Outre les ouvrages déjà mentionnés, on a de lui : 1° Avant-propos à la discussion d'une nouvelle loi sur les faillites, Paris, Guillaumin, 1836. Cette question était alors à l'ordre du jour ; il s'agissait de mettre cette partie de la législation en harmonie avec les mœurs nouvelles. 2° Une nouvelle édition d'un ouvrage de J.-B. Say intitulé Petit volume contenant quelques aperçus des hommes et de la société, Paris, 1839, in-32 ; 3° Traité d'économie politique, 6e édition

  1. Horace Say avait concouru avec son frère, en 1797, à la rédaction de la Décade philosophique, et il avait fourni un Cours de fortifications au Journal de l’école polytechnique (t. 1, 1794).
  2. Les ouvrages de Louis Say sont : 1o Principales causes de la richesse ou de la misère des peuples et des particuliers, Paris, 1815 ; 2o Considérations sur l’industrie et la législation, sous le rapport de leur influence sur la richesse des États, et examen critique des principaux ouvrages qui ont paru sur l’économie politique, Paris, 1822, in-8° ; 3o Traité élémentaire de la richesse individuelle et de la richesse publique, et éclaircissements sur les principales questions d’économie politique, Paris, 1827, in-8o ; une traduction en anglais fut imprimée à Nantes en 1829 ; 4oÉtude sur la richesse des nations, et réfutation des principales erreurs en économie politique, Paris, 1836, in-8o ; 5o Influence de la morale et des dogmes religieux sur la richesse des nations, Nantes (sans date) ; réimprimée dans le Traité élémentaire de la richesse.