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temps les humanités et la rhétorique. En renonçant à la carrière de l’enseignement, il prit ses degrés en droit civil et canonique, et se fit inscrire sur le tableau des avocats. Ses affaires l’ayant conduit à Besançon, il sollicita son admission à l’académie, fondée récemment dans cette ville par le duc de Tallard, gouverneur de la Franche-Comté. Piqué d’éprouver un refus, il décocha des épigrammes contre les principaux académiciens, et forma le projet d’établir une société rivale de l’académie. Il trouva dans les officiers de la garnison plusieurs jeunes gens disposés à le seconder ; et avec l’autorisation du commandant de la province, il parvint en peu de temps à réaliser son plan. La nouvelle société tint, à la fin de l’année 1753, sa première assemblée, dont l’abbé de Sérent, nommé président perpétuel, fit l’ouverture par un discours qui n’était qu’une critique amère de l’académie. Ces séances se renouvelèrent tous les mois, et furent suivies avec d’autant plus d’empressement qu’elles étaient presque toujours égayées par des traits de satire contre les académiciens. Ceux-ci obtinrent une lettre de cachet qui défendit à la société militaire de tenir des assemblées publiques. L’abbé de Sérent partit pour Paris dans l’intention de faire révoquer cet ordre, et il profita de son séjour dans la capitale, pour distribuer libéralement des patentes d’associé à tous ceux qui lui en demandèrent. Mais la société qu’il avait créée ne put se soutenir malgré ses efforts ; et l’on ignorerait aujourd’hui complètement son existence, si ses statuts et la liste de ses membres n’avaient été insérés dans le Supplément à la France littéraire pour 1757. On y trouve à la page 299, une liste assez étendue des ouvrages de l’abhé de Sérent, dont il parait qu’aucun n’a été imprimé puisqu’ils ne figurent dans aucun autre catalogue. Ce sont, pour la plupart des pamphlets injurieux contre l’académie de Besançon. On ignore l’époque de la mort de l’abbé de Sérent, dont le nom ne se trouve plus dans la France littéraire de 1769 (voy. HEBRAIL), et qui n’a d’article dans aucun dictionnaire.

W-S.


SÉRENT (ARMAND-LOUIS, duc de), né à Nantes le 30 décembre 1736, d’une famille dont la noblesse remonte jusqu’au combat des Trente, entra dans les mousquetaires de la maison du roi en 1752, fut guidon de gendarmerie, puis lieutenant de cavalerie en 1759. C’est en cette qualité qu’il fit toutes les campagnes de la guerre de sept ans, en Allemagne. Nommé chevalier de St-Louis, puis brigadier, et enfin maréchal de camp en 1780, il fut dans cette même année, choisi pour gouverneur des enfants du comte d’Artois, les ducs d’Angoulème et de Berri, puis chargé, lors des premiers événements de la révolution, de conduire ces princes à Turin, auprès du roi de Sardaigne leur aïeul maternel. Quand la guerre s’alluma en 1792, il conduisit ces princes à l’armée de Condé où il servit lui-même avec distinction. Le comte d’Artois l’ayant attaché

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à sa personne, il le suivit en Russie, puis à Londres. Lorsque Louis XVIII vint en Angleterre (1807), Sérent se rendit auprès de ce prince à Hartwell, et ne le quitta plus jusqu’à son retour à Paris en 1814. Créé pair de France le 2 juin, avec le titre de duc, il fut en même temps nommé lieutenant général, gouverneur du château de Rambouillet. et enfin chevalier des ordres du roi. Le duc de Sérent mourut à l’âge de 86 ans, le 30 octobre 1822. Il avait épousé, en 1759, une demoiselle de Montmorency-Luxembourg, qui mourut le 15 février 1823, aux Tuileries, où elle était dame d’honneur de Madame, duchesse d’Angoulême qu’elle avait suivie dans l’émigration, après avoir été dame d’atours de madame Elisabeth, sœur de Louis XVI.

B-P.


SÉRENT (SIGISMOND, comte de), fils du précédent, fut député de la noblesse du Nivernais aux états généraux de 1789. Doué d’une extérieur agréable et d’un esprit facile, il fut un des commissaires rédacteurs de son ordre pendant le mois de juin de cette première année, et pencha quelquefois vers le côté du parti royaliste après la réunion des ordres. En août 1789, il provoqua l’abolition des poursuites intentées depuis plus de dix ans contre Boncerf, pour avoir écrit contre la féodalité. Le 6 octobre il pressa vainement l’assemblée d’aller siéger au château, pour se rapprocher de Louis XVI. Le 15 mai 1790, il soutint avec force « que le droit de paix et de guerre « devait appartenir au pouvoir exécutif. » Le 8 octobre suivant, il parla en faveur des maisons religieuses, à qui on refusait de payer leurs traitements. Quelques jours après il prit la défense de Bussi, prévenu de conspiration contre l’État, et s’opposa à ce qu’il fût transféré à l’Abbaye. Le 31 mai 1791, il prit celle des officiers de l’armée accusés par des pétitions et par plusieurs députés. Enfin le 4 juin il écrivit à l’assemblée nationale,

« que ses principes ne lui permettaient pas d’assister davantage à ses séances. »

Il signa les protestations des 12 et 15 septembre 1791, se rendit en Allemagne où il fit la première campagne dans l’armée de Condé, et passa en Angleterre où il rejoignit son père et le comte d’Artois, qui le nomma son aide de camp et l’emmena avec lui à l’île Dieu en 1795. Il reçut encore de ce prince d’autres missions dont il s’acquitta avec courage, et fut envoyé de nouveau ainsi que son frère le vicomte, en 1796, auprès des armées de l’ouest, avec de grands pouvoirs et de fortes sommes d’argent. Il était aussi porteur d’instructions et de dépêches importantes pour les chefs des armées royales. Étant débarqué le 16 mars 1796 sur les côtes de Bretagne, près de St-Malo, accompagné de son frère et de vingt-sept gentilhommes, parmi lesquels étaient le comte de Bourmont et Suzannet, ils tombèrent dans une patrouille républicaine de cinq hommes, et en tuèrent quatre ; mais le cinquième s’étant enfui en criant : Aux armes ! un