Page:Michaud - Biographie universelle ancienne et moderne - 1843 - Tome 9.djvu/19

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M CON accordait avec une magnificence toute royale. Il assistait régulièrement à l’assemblée des états, dans lesquels on examinait avec soin tous les projets qui pouvaient augmenter la prospérité de cette province. Se trouvant en 1784 à Dijon, il fut prié par l’acadé· mie de présider à la distribution des prix, et ce fut de sa main que Ca1·not reçut la médaille d’or qu’il avait méritée pour l’Eloge de Vauban. (Voy. Cauzvor.) En 1787, il presitla le second bureau de l’assemblée des notables ; et l’on sait qu’il y vota pour toutes les mesures d’ordre et d’économie réclamées par l’opinion publique. Il exprima les mêmes vœux dans l’assemblée de 1789 ; mais comprenant enfin, quoique un peu tard, que des réformes simultanées entraîneraient nécessairement la ruine de la monarchie, il signa le fameux Mémoire des princes, dans lequel ils protestaient contre toute atteinte portée aux droits qu’ils tenaient de leur naissance. Une ° déclaration aussi franche contre la révolution, que la prise de la Bastille consomma peu de temps après, l’obligea de chercher avec sa famille un asile dans les pays étrangers. Il quitta Chantilly le 27 juillet 1789, dans l’après-midi. ’I’outes les campagnes en-= vironnantes étaient déjà soulevées ; mais heureusement la voiture du prince avait dépassé Pont-Ste-Maxence avant l’arrivée des paysans qui se proposaient de le jeter dans l’oise (Essai sur la révolution, par Beaulieu, t. 1, p, 40). De Bruxelles il se rendit à Turin, où il fut bientôt suivi par un grand nombre de personnes que leur naissance ou leur position rendaient ennemies du nouvel ordre de choses. Il passa l’année suivante en Allemagne, et s’établit sur les bords du Rhin, afin d’être plus à portée de profiter des circonstances qui pourraient se présenter d’enu-er en Alsace, et de seconder les mouvements insm-rectionnels des partisans de la monarchie restés dans l’intérieur. C’est de là qu’au mois de juillet 1790 le prince de Condé lança le manifeste dans lequel il annonçait son projet d’aller à la tète de la noblesse délivrer le roi, retenu prisonnier. Cet acte, loin d’intimider les chefs de la révolution, ne ht qu’accroître lem· audace. Dès le 28 du même mois, Mirabeau demanda que le prince de Condé fût tenu de faire, dans trois semaines, le désaven de son manifeste, faute de quoi il serait déclaré traitre à la patrie, et ses biens confisqués au profit de ses créanciers et des travaux publics ; mais cette proposition fut écartée, et ce qui doit étonner, c’est qu’elle le fut sur les observations de Robespierre et de Lcpeltier de St-Fargeau. Le 18 décembre suivant, Mi-’ rabeau, qui semblait s’acharner contre le prince de Condé, proposa de l’ob|iger de prêter serment à la nouvelle constitution ; mais cette fois encore Lameth fit ajourner cette proposition en obtenant qu’elle fût renvoyée à l’cxamen des comités. Le10 mars 1791, la donation du Clermontois, faite en 1648 au vainqueur de Bocroy, fut annulée Par un décret, combattu vainement par l’abbé Maury ; et ce décret priva le prince de Condé de 600,000 livres de rente dans un moment ou, pom· soutenir ses compagnons d’exil, il avait été forcé de mettre ses pierreries en gage et de recourir à des emprunts. Le 1-l P L

CON juin suivant, il fut invité par l’assemblée nationale à rentrer dans le royaume sous quinzc jours, ou à s’éloigner de la frontière en déclarant qu’il ne pren- ( drait jamais les armes contre la France. Le commissaire Duvergier, chargé de signifier ce décret au prince, était également porteur d’une lettre par laquelle Louis XVI l’engageait renoncer au projet de combattre pour le maintien de droits que la loi nationale avait abolis. À l’arrivée du commissaire, le prince de Condé se rendit de Wornrs à Coblentz pour· conférer avec le courte d’Artois sur la réponse à ce message ; et le 11 septembre il écrivit au roi pour lui faire connaître qu’il adlrérait aux sentiments exprimés [mr ses augustes frères. Cette lettr-e se ter-minait ainsi : « Nous périrons tous plutôt r que de souffrir le tr-iomplre du cr-irne, l’avilisse~ ( ment du trône et le renver-sement de la monar- ( chie. nr Il répondit en même temps à l’assemblée, nationale que ce n’était point contre la patrie qu’il avait pris les armes, mais contre ses oppresseurs. C’est ahn-s que le séquestre fut mis sur les biens du “ pr-ince, et qu’un décret défendit d’entretenir aucune relation avec lui ou ses officiers, sous peine d’tre considéré comme tr-alu-e et puni comme tel. La pe- r tite armée qu’il avait organisée à Worms, s’étant accr-ue des débris de plusieurs régiments français, fut envoyée, au mois dedéccmbre 1791, dans la principauté du cardinal de Rohan à Oberkirck, et se tr-ouvait ainsi rapprochée de Strasbonr-g, où les princes continuaient d’avoir des intelligences. Un décret de l’assemblée législative du 1°* janvier 1792 r déclara le prince de Condé rebelle, ainsi que tous ceux qui se trouvaient sous ses drapeaux. À l’ouverture de la campagne, sa petite troupe fut incorporée à l’armée autrichienne, corumandée par· Wurmser, et répartie dans divers cantonnernents du Haut-Rhin. Le prince dut obtenir· la permission du général autrichien de se rapprocher de Landau, dont le commandant passait pour royaliste ; mais l’arrivée de Custine avec des f’orces supér-ieures le força de se replier· sur Brisgaw. La campagne de 1795 fut plus sér-ieuse. Le corps de Condé pénétr-a dans la basse Alsace et contribua beaucoup aux succès momentanés des Autr-iclriens, parla prise des ligues de Weissembourg et de plusieurs autr-es places. Mais ce fut à l’attaque du village de Bcrstheim que le prince signala sur-tout cette valeur brillante dont il avait donné tant de preuves dans la guerre de sept ans. Trois fois ce village avait été-pris, et le feu des batteries républicaines avait autant de fois forcé de l’évacuer. Officiers et soldats demandaient à grands cr-is de retour-ner à l’assaut. Après avoir essayé de calmer· cet enthousiasme chevaleresque, le prince de Condé fut obligé de céder. « Messieurs, dit-il, vous étes tous des Bayards ; marchons au village. » Puis, sautant à bas de son cheval, il se met à la tête de sa petite troupe, et le village empor-té, il y entre le pr-emier·. Le duc de Bourbon et le duc d’Enghicu eurent par-t à cette affaire mémorable. Ce n’est pas la seule fois que, dans cette illustre maison de Condé, le père, le fils et le petit-fils se sont trouvés réunis sur· le même champ de bataille ; et les beaux vers