Page:Michel-Ange - L’Œuvre littéraire, trad. d’Agen, 1911.djvu/169

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CORRESPONDANCE

veux vous en écrire une de sa façon. Une fois, ayant voulu acheter 720 livres de cire, avant de faire cette emplette je dis à Lapo de chercher qui en vendait et de la marchander, pour qu’ensuite je lui donnasse l’argent pour l’acheter. Lapo ne fit qu’aller et venir : il me dit qu’on ne pouvait en avoir — à un sou près — pour moins de 9 ducats larges et 20 bolognais, par cent livres de cire : ce qui fait 9 ducats et 40 sous. Il ajoutait qu’il fallait prendre vite cette cire, pour profiter de cette bonne occasion. Je lui dis daller et de s’entendre pour faire lever ces quarante sous sur les 100 livres ; à ce prix je prendrais livraison. « Les Bolognais, me répondit-il, sont si rapaces qu’ils ne lèveraient pas un sou de ce qu’ils demandent. » Ce détail éveilla un soupçon dans mon esprit, et je laissai passer la chose. Cependant, le jour même j’appelai Pierre à part et je lui demandai en secret d’aller voir pour combien on pourrait acheter 100 livres de cire. Pierre alla au même magasin que Lapo et y acheta cette cire pour 8 ducats et demi, les 100 livres. Je la retins, et j’envoyai Pierre à ce négoce pour payer et retirer cette marchandise. Tel est le genre d’extravagances dont ce Lapo m’accuse. En vérité, je sais qu’il lui a paru étrange que je me sois aperçu de ses fourberies. Il n’avait pas assez de 8 ducats larges par mois, plus la dépense (journalière) ; il devait encore s’ingénier à me tromper. Maintes fois il peut y avoir réussi sans que j’en aie su rien, car j’avais confiance en lui. En effet, je n’ai jamais vu homme plus apparemment bon. Aussi je crois que, sous cette apparence de bonté, il en a trompé bien d’autres. Ne vous fiez donc à lui sur rien et, si vous le rencontrez, feignez même de ne pas le voir.

0000(Arch. Buonarroti.)



V

Au même.
Rome, juin 1508.0000

J’apprends par votre dernière lettre qu’on aurait dit, à Florence, que je suis mort. La chose importe peu, puisque je vis encore. Laissez dire et ne parlez de moi à personne. Car les hommes sont méchants. Je m’applique au travail, de mon mieux. Voici treize mois que je n’ai pas un sou du pape, et j’espère bien en avoir, à toute force, dans un mois et demi, parce qu’alors j’aurai dépensé largement ceux que j’en ai déjà reçus. S’il ne m’en donnait pas, je serais bien forcé de m’en procurer pour rentrer à Florence ; car je n’ai pas un sou vaillant. Je ne peux pourtant pas accepter de me faire voleur.

0000(Musée Britann.)



VI

Au même.
Rome, 1508.0000

Le garçon que m’a amené le muletier a donné à celui-ci l’occasion de me soustraire un ducat. Il a juré que les accords avaient été faits pour deux