Page:Michel-Ange - L’Œuvre littéraire, trad. d’Agen, 1911.djvu/245

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APPENDICES

que je porte envie ; tant mon âme, ici-bas, a de sujets de crainte. Ah ! daigne, dans mes derniers moments, m’ouvrir tes bras miséricordieux ; viens m’arracher à moi-même et me rendre digne de ton amour.


MADRIGAL XX
Ora d’un ghiaccio…

Brûlant et glacé tour à tour, mais sans cesse abattu sous le poids de ses maux, mon cœur, plein d’une triste et douloureuse espérance, ne me montre pour avenir qu’un retour cruel du passé. Le plaisir, dans sa brièveté, me semble aussi poignant que la peine. Las de la prospérité comme de l’infortune, je prie Dieu de me pardonner mes erreurs, et je vois bien que si nos instants de bonheur ici-bas sont rapides, nos maux, hélas ! ne finissent qu’avec notre vie.


MADRIGAL XXI
Ohimè ! ohimè.’…

Hélas ! hélas ! que je me suis trompé sur la durée des jours ! Et cependant, pour des yeux que ne fascine point l’amour-propre, la vérité parle dans un miroir. Malheureux celui qui, plein de sa passion et follement inattentif au vol rapide du temps, se trouve, comme moi, tout à coup, au déclin de sa vie ! Poursuivi de prés parla mort, je n’éprouve qu’un repentir stérile ; mon âme manque de force, mon esprit de résolution. Constant ennemi de moi-même, j’exhale de vains soupirs, je verse d’inutiles larmes ; car la plus irréparable des pertes est celle du temps.


MADRIGAL XXII
Ohimè ! ohimè ! che pur pensando…

Hélas ! hélas ! je rejette ma pensée en arrière, et ne puis trouver, parmi tant d’années écoulées, un seul jour qui ait vraiment été mien. Sans cesse éloigné du bonheur et de la vérité, c’est vous, je le vois bien aujourd’hui, qu’il faut que j’en accuse, désirs ambitieux, espérances trompeuses, fol amour, larmes, plaintes, soupirs et ardeurs inutiles ; car il n’est aucun sentiment humain qui me soit étranger. Et cependant, j’approche à chaque instant du terme ; je vois de plus en plus l’ombre croître, et le jour décliner pour moi. Déjà, faible et mourant, je touche au seuil de la tombe.


MADRIGAL XXIII
Io vo, misero, chimè !…

Malheureux ! j’avance dans la vie, plein de trouble et d’incertitude. L’avenir, le passé, me causent une égale crainte, et je vois s’approcher le moment où mes yeux se fermeront pour jamais. Tandis que le temps exerce sur mon corps ses ravages, la mort livre à mon âme une guerre cruelle dont l’issue est incertaine pour moi. Hélas ! si trop de crainte ne m’abuse (et plût au Ciel que, pour mon propre bonheur, je pusse aujourd’hui me tromper ! ), je vois dans mes erreurs mêmes mon éternel châtiment, et je ne sais ce que je dois encore espérer.


MADRIGAL XXIV
Mentre che’l mio passato…

Je rejette en vain, loin de moi, le souvenir du passé ; toujours il se présente à ma mémoire, et me fait connaître, ô monde décevant, tous les dangers et toutes les erreurs. Celui qui se