283 Quoi vous avez aidé !… Ah ! non ! non ce n’est pas vrai, vous voulez me faire croire…. Eh ! que veux-tu que je te dise : depuis l’âge de sept ans je me suis trouvé seul sur le pavé de Paris, je n’ai jamais rencontré personne qui se soit intéressé à moi autrement que pour m’employer au mal. Abandonné à tous les hasards est-il étonnant que je sois devenu ce que je suis ? --Eh qu’êtes-vous
?
Un ennemi des honnêtes gens. Sous prétexte de me corriger ils m’ont traîné pendant mon enfance et ma jeunesse de prison en prison : pendant mon âge d’homme, de bagne en bagne. Je n’avais en perspective que le vol, j’ai volé !… j’ai fini par tuer, par tuer moi-même ! Quoi, demanda Auguste en se reculant instinctivement vous avez tué ! tuer pour voler ? Oui ! — Vous auriez pu faire autrement. — Je l’ai essayé ; imposible. Il y a dans la vie des pentes fatales. Tu vas voir : « Une fois, il y a de cela une vingtaine d’années, je ne sais quelle bêtise me passa par la tête, mais je résolus de tâter un peu de l’honnêteté. » > « Naturellement, je sortais du bagne, où j’avais appris l’état de menuisier. Je vas trouver un patron et je lui dis : vous avez de l’ouvrage, moi je suis compagnon, voulez-vous m’occuper ? Il me dit comme ça : où est votre livret ? Moi, je réponds : je vous le montrerai. . Je travaille huit jours ; mon travail va bien car je suis bon là, mais, point de livret. Le patron exige que je lui montre mon passe port. Il lit : FORCAT LIBÉRÉ. Ça sonne mal et le lendemain il me dit : « N’y a plus d’ouvrage. Je vous dois tant. Voilà votre argent. Moi je me dis, il faut partir ! Je suis connu. Alors j’en prends où j’en trouve. Voilà mon histoire passée et à venir. Voilà la tienne, peut-être mon mignon ; je ne le souhaite pas, mais enfin, ça pourrait bien t’arriver. (1) 1 Non ! non ! dit Auguste avec force, ça n’arrivera pas, je sais travailler, le bien d’autrui ne me fera jamais ni besoin ni envie, je n’ai commis, ni vol ni rien qui porte atteinte à l’honneur, j’ai essayé de tuer un homme qui a déshonoré ma sœur, ce n’est pas un crime ça. Tant mieux pour toi, mon petit, tant mieux pour toi, si tu peux sortir d’ici pour n’y plus revenir ; mais je crains bien que tu te trompes. Dans tous les cas, je souhaite de me tromper moi-même, car vrai, tu as une figure qui me revient. Tu ressembles comme deux gouttes d’eau à un de mes camarades de chaine, le seul être que j’aie bien connu sans le mépriser. C’était un Corse ; comme toi, it avait assassiné par vengeance. Quand il est mort, je l’ai pleuré. Il m’avait retourné le cœur faut croire. Mais ne parlons plus de ça. Mon histoire t’ébouriffe, hein ? Tu te dis v’là un fameux gueux, n’est-ce pas ? 1. Extrait presque littéralement de la Gazette des Tribunaux.