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LES « HAUTS FOURNEAUX »

intérêts ou les passions. Elle m’inquiétait parce qu’elle me semblait lancer le pays dans un jeu de folles surenchères qu’il ne pourrait pas suivre longtemps. Mon mari prononçait gravement : « Question de couverture ». Il ajoutait d’ailleurs qu’elle serait plus large que la loi de deux ans et que René pourrait passer à travers les mailles. Pendant un dîner, j’avouai mes doutes à Briand, qui était un des artisans de la nouvelle loi. Et lui, dont l’esprit de blague ne respecte pas grand’chose, me dit d’un air sérieux, de sa belle voix pénétrée : « Allons, allons, j’ai voulu éviter une boucherie ». C’est égal, je n’étais pas rassurée.

« Poincaré, c’est la guerre ». Ah ! Je l’ai loyalement discutée avec moi-même, cette atroce prophétie. J’ai cherché la figure que cet homme faisait par le monde. Comment oublier que les conservateurs ont assuré son élection, qu’ils ont barre sur lui, ne serait-ce qu’à ce titre, s’ils ne le tiennent pas encore par quelque secret qu’il faudra bien percer un jour ? Puis, ce bon lorrain et sa petite escouade ont sonné le réveil national. Son ministère, qui fut pour lui le vestibule de la Présidence, s’appelait le Ministère National. Il a marqué tous ses discours de cette estampille nationale. Elle est devenue sa firme et son monopole. Bref, poussé jusqu’au faîte du pouvoir