Page:Michel Corday - Les Hauts Fourneaux, 1922.djvu/116

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absout les militaires, dont on aurait, depuis quinze ans, contrarié les efforts ; et surtout, elle permet d’accabler les partis avancés, seuls coupables d’avoir entravé l’œuvre de défense.

Voilà l’injustice qui me jette hors de moi. Certes, je ne me mêle point de technique militaire : je hais trop la guerre pour discuter des moyens de la faire. Mais c’est l’iniquité même du propos qui me révolte. Il me semble qu’on insulte à la mémoire de mon père, qui m’avait inspiré la foi dans le régime, qui m’avait élevée dans la religion de Gambetta et dans l’amitié de Jaurès. Des faits matériels, irréfutables, ne protestent-ils pas contre cette perfidie ? Que de fois Paron les allégua devant moi… Les Chambres ont-elles jamais refusé un seul crédit militaire ? Bien plus, des commissions parlementaires n’ont-elles pas pris des initiatives, suggéré des réformes d’armement ? Depuis 1870, n’a-t-on pas dépensé pour la guerre, en France, autant de milliards qu’en Allemagne, où pourtant l’armée, deux fois plus nombreuse, était « prête », paraît-il ? Si bien qu’en fin de compte, ceux qui propagent cette odieuse légende ne font que démontrer l’impéritie des généraux.

Oui, j’ai été tentée de leur crier cela. Mais, encore une fois, à quoi bon ? On ne discute pas