Page:Michel Corday - Les Hauts Fourneaux, 1922.djvu/162

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les voitures publiques, les foules en attente. Les deux interlocuteurs se renvoyaient gravement à la face les phrases qu’ils avaient avalées. Ils les rendaient intactes, toutes rondes, sans les avoir digérées, ou même mâchées. La presse, qui seule les renseigne, qui seule les inspire, ne leur fait connaître de la guerre, de ses origines, de son développement, de ses buts, que ce qu’elle juge utile aux vues de ses maîtres. Elle est toute leur science et toute leur conscience. Elle n’est pas simplement pour eux le phare d’auto qui perce l’ombre et permet de choisir la bonne route. Non. Elle est le projecteur de cinéma, qui inscrit ses images animées sur l’écran docile du cerveau. Et ces images imposées en eux, ils croient bientôt les avoir tirées d’eux-mêmes.

J’avais trop souvent constaté moi-même cette étrange suggestion, qui substitue la phrase imprimée à la pensée sincère, pour n’être pas d’accord avec mon vieil ami.

Il me cita aussi les livres techniques, les rapports, les documents qui l’avaient conduit à cette conviction que la haute industrie exerce un suprême pouvoir des deux côtés de la frontière.

— Je voudrais vous faire toucher par un exemple ces âpres, ces impitoyables rivalités