Page:Michel Corday - Les Hauts Fourneaux, 1922.djvu/206

La bibliothèque libre.
Sauter à la navigation Sauter à la recherche
Cette page a été validée par deux contributeurs.


au lieu d’être élevé dans sa vénération ; si l’on montrait à tout le monde la guerre dépouillée de ses ornements et de son clinquant, toute nue, laide et sale ; si l’on enseignait à tout le monde l’histoire véritable des guerres, comment elles se machinent, comment elles éclatent, les intérêts qu’elles servent et les peuples qu’elles dupent… alors tant de braves gens, tous pacifiques au fond, ne seraient plus grisés par des mots et refuseraient de se jeter les uns contre les autres.

Mais René a hoché la tête :

— Nous n’en sommes pas la, maman. Mettons, si tu veux, que nous sommes encore dans un temps barbare. Nous ne l’avons pas choisi. Nous avons été attaqués. Vois-tu d’autres moyens de se défendre contre l’invasion ennemie que de lui barrer la route, l’arme au poing ? Que veux-tu ? Nous ne serions pas tranquillement à Paris, Ganville ne serait plus qu’une ruine, si des hommes ne nous avaient pas fait un rempart de leurs corps. Tu me demandes d’attendre. Quand la maison brûle, est-ce qu’on attend pour faire la chaîne ?

— On aimerait savoir qui a mis le feu…

— Pas de doute : l’ennemi.

— Chaque pays le dit du voisin. Ce n’est pas si simple.